Dans une interview, l’ancien président congolais, condamné à mort par Kinshasa, veut « balayer le système » et « mettre fin à la dictature » de Félix Tshisekedi. Joseph Kabila semble prêt à remettre les gants pour reprendre le pouvoir, mais il n’a pas toutes les cartes en main.

Jusqu’où ira Joseph Kabila ? Depuis Goma, le chef-lieu du Nord-Kivu, sous contrôle des rebelles de l’AFC/M23 depuis maintenant 15 mois, l’ancien président congolais a accordé une interview à La Libre Belgique. Joseph Kabila est apparu très offensif contre le président Félix Tshisekedi, qualifiant le pouvoir de « dictature » et de « tyrannie » auxquelles il faut « mettre fin ». Pour y arriver, il ne voit qu’une seule solution : l’article 64 de la Constitution, qui stipule que « Tout Congolais a l’obligation de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation de la Constitution ». L’ancien président estime précisément que la Constitution congolaise n’est pas respectée par Félix Tshisekedi. « Elle est ignorée depuis 2019 ». Et il fustige toutes les velléités du camp présidentiel à vouloir la modifier. « Le problème ne se situe pas au niveau de la Constitution. Le problème, c’est ce petit clan qui cherche à se maintenir au pouvoir ». Joseph Kabila revient ensuite sur le tour de passe-passe qui l’a fait nommer Félix Tshisekedi à la présidence, malgré la victoire dans les urnes de Martin Fayulu. L’ex-chef de l’Etat ne confirme pas les aveux de Corneille Nangaa, l’ancien patron de la Commission électorale, mais affirme avoir gardé précieusement l’unique copie de l’accord de partage de pouvoir avec Félix Tshisekedi.
Inspiration soudanaise
Sur la guerre à l’Est et le risque de « balkanisation » des Kivus, contrôlés par l’AFC/M23 et soutenu par le Rwanda, Joseph Kabila joue avec les mots et préfère parler de « soudanisation » de la crise congolaise. « Il y a des points communs entre ce que traverse notre pays et ce qui a amené l’implosion du Soudan ». Un constat qui mène l’ex-président à plaider pour la négociation. « J’avais conseillé, dès le départ, à ceux qui sont aujourd’hui à Kinshasa d’opter pour la négociation. La réponse a toujours été “on va faire la guerre”. Cinq ans plus tard, on est toujours dans la même foutue guerre ». La solution prônée par celui qui a été condamné à mort par Kinshasa pour sa collusion avec la rébellion, est donc sans ambages : « Il faut balayer ce système (…). La situation actuelle est faite de tribalisme, de népotisme, avec une vraie dictature qui vient de s’installer ». Sa présence à Goma, en plein territoire rebelle interroge sur le rôle que souhaite endosser Joseph Kabila. Son interview à La Libre Belgique est très offensive. Le drone qui s’est abattu à Goma, tuant une humanitaire française, est tombé à quelques mètres d’une des résidences de son épouse. Etait-il visé comme certains l’avance ? « Des enquêtes sont en cours. Mais je garde le moral », tempère Kabila.
Jeune et patient
Cette nouvelle sortie médiatique de l’ancien président, réputé taiseux, le positionne désormais comme un opposant prêt à remettre les gants. Personne ne connait vraiment ses relations exactes avec la rébellion : avec l’AFC de Nangaa, mais aussi avec le « M23 historique » et son parrain rwandais. Dans l’interview, il ne mentionne jamais le rôle du Rwanda voisin dans son soutien à la rébellion. Alors que l’ex-Katanga, fief kabiliste s’il en est, est de nouveau secoué par l’apparition d’un nouveau groupe armé – voir notre article – certains voient l’ancien président en embuscade pour s’imposer à nouveau dans la riche province minière, au gré d’une énième déstabilisation de la région par les groupes armés locaux Bakata Katanga. En cas de « soudanisation » de l’Est et du Sud congolais, le Grand Katanga constituerait un point de chute rêvé pour Joseph Kabila. Mais au Congo, les plans sur la comète ne se déroulent jamais vraiment comme prévu. Il n’empêche qu’aujourd’hui, l’ancien président congolais apparaît plus radical que jamais. Sa condamnation à mort par la justice congolaise, ne lui laisse pas vraiment de portes de sortie. Pour le moment, le Raïs a peu de cartes en main pour peser sur le conflit. La guerre est menée par le M23 et pilotée par Kigali. Kabila n’est qu’en deuxième ligne. Mais il a un avantage : il est encore jeune et surtout, très patient.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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