Après cinq jours de négociations délocalisées à Montreux, le gouvernement et les rebelles de l’AFC/M23 ont péniblement réussi à trouver un terrain d’entente sur un mécanisme de surveillance élargi du cessez-le-feu, la libération de prisonniers et l’accès humanitaire. Des dispositions déjà discutées à l’automne dernier… sans jamais être appliquées.

Comme une impression de surplace. C’est ce qui ressort de ce 9ème round de négociation entre le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et la rébellion de l’AFC/M23. La première disposition signée en Suisse concerne la mise en place d’un mécanisme de suivi et de surveillance du cessez-le-feu. L’accord-cadre du 14 octobre dernier le prévoyait déjà, mais il n’est jamais entré en fonction. À Montreux, un accord d’étape prévoit son élargissement, afin d’intégrer l’AFC/M23 au mécanisme, à part égale avec la RDC. C’est la principale nouveauté de ce round de négociations. Cette disposition avait déjà été mise sur la table lors de la réunion de la CIRGL de Lusaka, en janvier dernier, mais Kinshasa avait posé son veto. Des officiers de la rébellion vont donc surveiller la trêve (qui n’est toujours pas effective à ce jour) aux côtés d’officiers de l’armée congolaise. « C’est inédit », explique à Afrikarabia Juvénal Munubo, ancien rapporteur de la commission défense et sécurité de l’Assemblée nationale. « Cela veut dire que le M23 est reconnu comme une entité étatique, au même titre que la RDC. Normalement, ce mécanisme ne concerne que les Etats ». Reste à savoir si l’implication de la rébellion dans la surveillance du cessez-le-feu va davantage garantir le respect de la trêve ? « Ce qui compte, c’est avant tout le respect du cessez-le-feu sur le terrain » note Juvénal Munobo. Les deux parties signataires se donnent une semaine pour mettre en place le mécanisme de suivi élargi du cessez-le-feu.
Libération de prisonniers et libre circulation des humanitaires
Ce qui étonne également l’ancien député de Walikale, c’est que les négociations de Montreux reviennent sur deux protocoles déjà signés à Doha : le cessez-le-feu et la libération de prisonniers. « On croyait tous que les deux premiers points étaient déjà réglés, même s’ils n’avaient jamais été mis en oeuvre. Mais visiblement, non. Les deux parties sont revenues dessus ». Concernant la libération de prisonniers M23 détenus par Kinshasa et de FARDC détenus par les rebelles, les négociations de Montreux ont acté la libération de 311 prisonniers par l’AFC/M23 et de 166 par le gouvernement congolais. Un délai de 10 jours a été acté pour mettre en oeuvre cette mesure, mais les blocages demeurent au sujet de l’amnistie demandée par la rébellion pour ses membres condamnés par la justice congolaise. Kinshasa renvoie la décision aux institutions judiciaires compétentes. Enfin, le dernier point évoqué en Suisse concerne le déblocage de l’accès humanitaire. Le communiqué final met l’accent sur « la libre circulation du personnel humanitaire, des biens et des services (…) pour les populations dans le besoin ». L’épineuse question de la réouverture de l’aéroport de Goma aux humanitaires, annoncée en grande pompe lors de la Conférence de Paris en novembre dernier, est toujours et en souffrance et fait l’objet d’âpres discussions. Selon nos informations, sa réouverture serait mise dans la balance avec une plus large libération de prisonniers M23, assortie de la levée des condamnations judiciaires de ses membres. Une ligne qui reste rouge pour Kinshasa.
Retour à la case départ
Les négociations de Montreux laissent donc l’amère impression d’être reparties d’une feuille blanche, comme si les dispositions qui avaient déjà été validées lors des précédents rounds, n’avaient jamais été discutées. Le communiqué final signé à Montreux permet surtout aux deux parties d’afficher de petites victoires et de montrer qu’elles n’ont rien lâcher. Du côté des rebelles, l’AFC/M23 peut se satisfaire d’avoir imposé sa présence dans le mécanisme de suivi du cessez-le-feu et d’avoir refusé la réouverture de l’aéroport de Goma. Du côté gouvernemental, Kinshasa a tenu bon sur la levée des condamnations judiciaires des membres de l’AFC/M23 et sur le refus de la réouverture des banques demandée par les rebelles. Personne n’a donc perdu la face à Montreux, mais le bilan est proche de zéro, et la désescalade sur le terrain n’est pas pour demain. D’autant que le parrain américain, comptable de l’accord de paix de Washington entre la RDC et le Rwanda, est englué dans le conflit qu’il a lui-même provoqué au Moyen-Orient, et dont il peine à sortir. A Kinshasa et Kigali, on semble moins sûr de la réelle implication américaine dans le conflit congolais. Sur le terrain, les combats se poursuivent comme si de rien n’était. Dernièrement, on a vu les deux présidents, congolais et rwandais, afficher une certaine logique d’affrontement et un retour aux rapports de force. Après la victoire des Léopards pour la qualification à la Coupe du Monde de football, Félix Tshisekedi a déclaré promettre « de reconquérir » les territoires occupés par les rebelles, validant ainsi la recrudescence des attaques de drones congolais sur le terrain. Quant à Paul Kagame, il semble bien décidé à ne pas retirer ses « mesures défensives », c’est-à-dire ses troupes du Congo. C’est ce qu’il a déclaré dans une récente interview au magazine Jeune Afrique. Autant dire que l’impasse continue.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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