Le Trésor américain vient de sanctionner Joseph Kabila pour son soutien présumé à la rébellion de l’AFC/M23. Un nouveau revers qui pourrait finir de durcir le positionnement de l’ex-chef d’Etat contre Kinshasa.

Après sa condamnation à mort par Kinshasa, voici venu le temps des sanctions pour Joseph Kabila. Le bureau du contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain vient d’imposer des sanctions à l’encontre de l’ancien président congolais. Ses biens et ses avoirs éventuels détenus aux États-Unis sont désormais gelés et les entreprises et citoyens américains ont interdiction de commercer avec lui. Pour motiver sa décision, le Trésor américain a estimé que Joseph Kabila était revenu en République démocratique du Congo (RDC) après la résurgence des rebelles de l’AFC/M23 pour « déstabiliser le gouvernement ». Joseph Kabila aurait soutenu financièrement la rébellion, et même « encourager les troupes des Forces armées de la RDC (FARDC) à faire défection et à rejoindre l’AFC/M23 ». Toujours selon Washington, Joseph Kabila « a cherché à lancer des attaques depuis l’extérieur de la RDC contre les FARDC ». Des accusations qui corroborent celles de la justice militaire congolaise qui ont condamné à mort l’ancien chef d’État à la peine de mort en septembre dernier pour les mêmes motifs.
Bannissement politique
Les autorités congolaises ont salué les sanctions américaines contre Joseph Kabila qui « restreignent les capacités de mobilisation financière, de circulation d’avoirs et de soutien logistique susceptibles d’alimenter et de prolonger la guerre ». Ironie du sort, dans le même texte, le Trésor américain reproche à Joseph Kabila d’avoir « travaillé à mettre en place un candidat opposé à l’actuel président de la RDC dans l’intention de retrouver de l’influence sur le gouvernement ». L’élection de Félix Tshisekedi, en 2018, avait été entachée d’un fort soupçon de fraude. L’opposant Martin Fayulu, qui avait revendiqué la victoire, avait accusé Joseph Kabila d’avoir placé Félix Tshisekedi dans le fauteuil présidentiel pour mieux le contrôler ensuite. Mais pour le gouvernement, la condamnation à mort de l’ex-président et les sanctions américaines viennent surtout valider le bannissement de Joseph Kabila de la vie politique congolaise et son exclusion de tout processus de dialogue ou de négociations internes.
« Un soutien à la dictature »
L’ancien président a dénoncé, dans un communiqué, une décision américaine « profondément injustifiée », qui se basait « sur le narratif du pouvoir de Kinshasa qui avait été incapable de soutenir les accusations formulées contre lui par la moindre preuve ». Toujours très remonté contre Félix Tshisekedi, Joseph Kabila estime également que les sanctions américaines risquent d’être perçues « comme un soutien à la dictature, à la tyrannie, un blanc-seing à l’écrasement de toute voix qui s’élève contre la corruption, la prédation et la confiscation de l’État ». Après plusieurs sorties médiatiques violentes contre la gouvernance de Félix Tshisekedi, sa condamnation par la justice congolaise et les sanctions américaines n’ont visiblement pas dissuadé Joseph Kabila de revenir sur le devant de la scène politique, quitte à s’allier à un mouvement armé.
Une double peine pour Kabila
L’ancien chef d’État s’est rendu plusieurs fois à Goma, désormais placé sous contrôle rebelle depuis janvier 2025, et ne fait plus vraiment mystère de son adhésion aux revendications des rebelles. Commentant la venue de Joseph Kabila à Goma, le président rwandais, Paul Kagame, dont l’armée appuie les rebelles de l’AFC/M23, a estimé dans une interview à Jeune Afrique que « Kabila [avait] fait ses choix ». Une déclaration perçue comme un aveu pour Kinshasa de la collusion entre le Rwanda, la rébellion et Joseph Kabila. Les sanctions de Washington sonnent donc comme une double peine contre Joseph Kabila après sa condamnation à mort. Pour l’instant, les sanctions américaines prononcées contre des cadres de la rébellion, des officiels rwandais, ou même l’armée rwandaise elle-même il y a plusieurs mois, n’ont eu aucun impact sur le conflit. Concernant Joseph Kabila, il est donc peu probable que ces sanctions fassent infléchir le positionnement de l’ancien président. À contrario, on peut penser, que désormais qualifié de « paria » par Kinshasa et Washington, ces sanctions n’offrent plus aucune autre porte de sortie à l’ancien président que celle d’enfiler le costume de « rebelle numéro 1 ».
L’ex-Katanga pour base arrière
Plusieurs signaux démontrent enfin que la galaxie Kabila, forte d’importants moyens financiers et de relais au Congo, continuent d’être influente. Notamment dans l’ex-Katanga, qui reste un fief kabiliste historique. Récemment, un nouveau groupe armé a fait son apparition dans le Nord de la riche province minière – voir notre article. Le Mouvement Debout Katanga pour la libération du Congo (MDKC), inconnu jusque-là, a revendiqué des attaques dans la région de Mitwaba en mars dernier. Certains y voient la résurgence du groupe armé Maï-Maï Bakata Katanga, dont leur chef, Gédéon Kyungu, avait prêté allégeance à Joseph Kabila en 2016. Derrière les Bakata Katanga, on retrouve également le principal homme de main de Joseph Kabila, l’ex-général John Numbi, aujourd’hui en exil en Zambie. Dans l’ex-Katanga, l’apparition surprise de ce mystérieux Mouvement Debout Katanga pour la libération du Congo n’est donc pas le simple fruit du hasard. D’autant que les revendications du mouvement insurrectionnel rejoignent une partie de celles de l’AFC/M23 : lutte contre la mauvaise gouvernance de Félix Tshisekedi, contre « le népotisme, la corruption, le tribalisme, le pillage sauvage des matières premières du Katanga… ». Une boucle qui pourrait être bouclée entre tous ces acteurs si on y ajoute l’intervention supposée de Joseph Kabila.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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