Le débat est vif sur les migrants recueillis par Kinshasa. Le pays vit aujourd’hui une crise humanitaire sans précédent et le flou reste entier sur leurs conditions d’accueil, alors que les États-Unis envisagent d’expulser plus de 1.000 Afghans en RDC.

L’arrivée sur le sol congolais de 15 migrants sud-américains expulsés des Etats-Unis continue de susciter la controverse en République démocratique du Congo (RDC). Arrivés vendredi dernier par avion à Kinshasa, ces ressortissants de Colombie, d’Equateur et du Pérou sont désormais logés sous bonne garde de la police congolaise dans un complexe hôtelier proche de l’aéroport. Suspicion et spéculations vont bon train à Kinshasa sur le financement de l’hébergement, la durée du transit en RDC et le nombre exact de migrants que le Congo est censé recevoir. Il faut dire que le deal passé entre Kinshasa et Washington avait été annoncé dans la plus grande discrétion par les autorités congolaises, le jour de la qualification de l’équipe nationale pour la Coupe du monde de football. Jusque-là, personne n’avait jamais entendu parler de cet accord de sous-traitance migratoire entre les deux pays.
Un « service » rendu aux États-Unis
Face à la polémique, le gouvernement a bien tenté de rassurer, en expliquant que ce dispositif ne coûterait rien à la RDC. Sur TV5Monde, la Première ministre, peu à l’aise sur le sujet, a qualifié l’accueil de ces migrants de « phase de transition » qui n’a pas vocation à durer, avant d’avouer que c’était avant tout « un service » rendu aux États-Unis. Kinshasa et Washington ont en effet conclu un accord « minerais contre sécurité » permettant à la RDC de retrouver la paix grâce au soutien américain, alors que les États-Unis se voient offrir un accès prioritaire aux minerais congolais. Si l’accueil de migrants expulsés par Donald Trump ne faisait pas partie du deal initial, on voit bien que la RDC n’avait pas d’autres choix que d’accepter ce nouveau « partenariat migratoire » surprise. Car, si la paix à l’Est se fait toujours attendre, Félix Tshisekedi compte bien rester dans les petits papiers du président américain.
« Le refuge des échecs politiques des grandes puissances »
L’arrivée de ces 15 ressortissants sud-américains a rapidement soulevé les critiques au Congo. Le pays est englué dans une guerre sans fin depuis plus de 30 ans, et la RDC est l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Avec plus de 7 millions de déplacés internes, l’Etat est aujourd’hui incapable de prendre en charge ces déplacés sans l’aide humanitaire internationale. La société civile et les organisations des Droits humains s’étonnent donc de cet accord migratoire. « Un Etat incapable de protéger ses citoyens ne peut prétendre accueillir ceux que d’autres rejettent. C’est une imposture politique » tempête la Lucha. « Actuellement, les priorités nationales sont connues (eau, électricité, infrastructures) » argumente le mouvement citoyen. « Un pays qui lutte encore pour garantir la survie de ses propres citoyens ne peut devenir le refuge des échecs politiques des grandes puissances ».
« Une déchetterie humaine au service des États-Unis »
Même son de cloche pour l’Institut de recherche en droits humains (IRDH) qui s’inquiète du sort des migrants. La RDC « n’a aucun lien avec la nationalité des expulsés (…) et viole les obligations internationales de protection. La RDC s’expose à une responsabilité internationale pour complicité de traitements inhumains et dégradants ». L’opposant Claudel-André Lubaya est encore plus incisif. « Accepter une telle opération reviendrait à faire de la RDC, une sorte de déchetterie humaine au service des États-Unis ». L’ancien député, aujourd’hui en exil, fustige enfin le manque de transparence sur le dossier et l’absence de débat au sein de la classe politique.
Kaboul ou Kinshasa ?
Mais le soufflet de la polémique n’est pas prêt de retomber. Ce mardi, l’ONG #AfghanEvac annonce que les États-Unis envisagent d’expulser 1.100 Afghans hébergés sur une ancienne base américaine au Qatar vers… la RDC. Le choix de Kinshasa n’est guère étonnant sachant que, comme Washington, Doha assure la médiation entre le gouvernement congolais et les rebelles de l’AFC/M23 dans le règlement du conflit à l’Est du pays. L’option de la capitale congolaise arrange donc, à la fois, les États-Unis et le Qatar. Aux États-Unis, ce projet fait également polémique. Les Afghans concernés sont, en effet, des anciens traducteurs ou collaborateurs de l’armée américaine. Le président de AfghanEvac, Shawn VanDiver, estime que « la RDC n’est pas et ne sera jamais une destination acceptable pour ces familles. Elle est en conflit armé avec le Rwanda. Les camps de réfugiés à l’intérieur du pays sont attaqués ». Selon nos informations, Washington serait actuellement en discussion avec le ministère de l’Intérieur congolais pour en étudier l’accueil d’Afghans en RDC.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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