Une attaque de drone sur Goma a tué 3 personnes, dont une humanitaire française de l’UNICEF. Les rebelles accusent Kinshasa d’avoir voulu éliminer l’ancien président Joseph Kabila et des cadres de l’AFC/M23. Une frappe embarrassante pour son auteur, qui ne fait que relancer la machine de guerre, poussant la rébellion à riposter.

Que s’est-il passé à 4h00 du matin ce mercredi dans le quartier résidentiel de Himbi à Goma ? Deux frappes de drones se sont abattues dans la zone. Une première explosion a touché une résidence abritant des humanitaires. Trois personnes ont été tuées, dont une employée de l’UNICEF, Karine Buisset, de nationalité française. Le président Emmanuel Macron a confirmé son décès dans l’après-midi. Un second tir de drone aurait terminé sa course dans le lac Kivu. Les images montrent une maison partiellement calcinée, le toit enfoncé et la façade grêlée d’impacts de fragments de bombes.
Un possible « crime de guerre » pour l’ONU
Les Nations unies, par la voie de son représentant, Bruno Lemarquis, ont condamné « avec la plus grande fermeté l’usage d’armes et de drones d’attaques qui mettent en danger les populations civiles et le personnel des Nations unies ». Selon le statut de Rome, cette attaque contre le personnel onusien « pourrait constituer des crimes de guerre ». L’ONU souligne « la nécessité d’une enquête rapide, indépendante et crédible afin d’identifier les responsables et de les traduire en justice ». Car jusque-là, personne n’est en mesure d’indiquer la provenance de ces tirs. D’autant que 12 heures après l’attaque, Kinshasa n’avait toujours pas officiellement réagi sur l’événement.
Kabila et Nangaa ciblés ?
Les rebelles de l’AFC/M23, qui contrôle la région de Goma depuis plus d’un an, ont immédiatement accusé l’armée congolaise d’être à l’origine de la frappe. Le 24 février dernier, Kinshasa avait déjà éliminé Willy Ngoma, un haut cadre de la rébellion, par une attaque ciblée de drone. La maison bombardée, qui abritait les humanitaires, se trouvait à proximité d’une résidence d’Olive Lembe, la femme de l’ancien président Joseph Kabila. Accusé de collaboration avec l’AFC/M23 l’ex-chef d’Etat a été condamné à mort par Kinshasa. Pour Bertrand Bisimwa, le coordonateur-adjoint de la rébellion, il y a peu de doutes. « Au regard de la proximité des lieux pilonnés avec les résidences de certaines personnalités politiques, il est clair et évident que l’ancien président de la République, Joseph Kabila et le coordinateur politique de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, étaient la cible ». Plusieurs hauts cadres rebelles logent également dans ce quartier.
Les rebelles en position défensive
Depuis plusieurs semaines, le conflit à l’Est du Congo est en train de changer de visage avec l’utilisation intensive des drones. Si Kinshasa les utilise régulièrement pour harceler les rebelles et tenter des assassinats ciblés, l’AFC/M23 a également mené des raids de drones sur l’aéroport de Kinsangani qui abrite des appareils de l’armée congolaise. Si la guerre change de visage, cela n’a, pour l’instant, pas changé le rapport de force sur le terrain qui reste favorable aux rebelles. Car, pour reprendre des territoires à l’AFC/M23 et être efficace, les attaques de drones doivent être finalisées par l’infanterie au sol. Pour l’heure, les Wazalendos, ces milices supplétives pro-Kinshasa, peinent à conserver les quelques localités reprises. Mais il est vrai que la récente intensification des offensives gouvernementales met aujourd’hui les rebelles en position défensive. Et l’attaque de Goma, s’il est vérifié qu’elle est bien l’oeuvre de l’armée congolaise, va créer de l’insécurité autour des cadres rebelles, qui vont devoir désormais vivre dans une relative clandestinité.
Une frappe embarrassante
Le hic, c’est que la mort, par erreur, d’une humanitaire étrangère des Nations unies, risque de mettre l’auteur de la frappe de drone dans l’embarras. Washington et les partenaires internationaux de la RDC plaident depuis de longs mois pour un cessez-le-feu effectif, qui n’est en réalité jamais arrivé. Les offensives répétées de part et d’autres, et cet incident grave, démontrent la mauvaise volonté des parties à ne rien céder dans les négociations de Doha entre la RDC et l’AFC/M23, qui sont aujourd’hui au point mort. Chacun cherche à prendre le dessus sur l’autre pour tenter de sortir la tête haute des négociations. Mais en jouant avec le feu, les belligérants ne font que retarder la mise en place de l’accord de Washington et la conclusion des pourparlers de Doha, qui pourraient faire baisser la tension. La frappe de drone de mercredi à Goma ne fait que relancer la machine de guerre, poussant l’AFC/M23 à riposter.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


envoi en cours...



















