Willy Ngoma, porte-parole militaire de l’AFC/M23, a été tué par une frappe de drone ce mardi. Cette attaque ciblée est un sérieux revers pour les rebelles et marque un nouveau tournant dans le conflit. Explications.

Il était l’un des visages historiques et emblématiques de la rébellion du M23 depuis sa création en 2012. Porte-parole militaire, Willy Ngoma était également un proche du chef militaire, Sultani Makenga et un élément-clé dans l’organigramme du mouvement. Il était enfin sous le coup de sanctions européennes depuis décembre 2022 pour son rôle dans la rébellion. Selon les premiers éléments, ce haut cadre a été frappé par une attaque de drone lancée par l’armée congolaise à Rubaya, dans le territoire de Masisi. De violents combats secouent depuis plusieurs semaines cette zone stratégique qui abrite la plus importante mine de Coltan d’Afrique. Depuis avril 2024, la mine de Rubaya est passée sous contrôle des rebelles de l’AFC/M23, soutenu par le Rwanda. Pour Kinshasa, reprendre possession Rubaya est capital. Le site fournirait 15 à 20% du coltan mondial et la RDC a signé un deal minier avec les Etats-Unis « minerais contre sécurité ». Et Rubaya figure sur la liste des sites promis aux Américains.
Le conflit se déplace dans les airs
Si la mort de Willy Ngoma changera peu de choses militairement, elle pourrait signifier un tournant stratégique dans le conflit. Depuis la résurgence du M23, fin 2021, le conflit s’est enlisé au sol pour l’armée congolaise, dont la faiblesse ne lui a jamais permis de reprendre le dessus sur les rebelles, ni de reprendre des localités significatives. En échec au sol, Kinshasa a décidé de déplacer les combats dans les airs, notamment avec l’usage de drones d’attaque. Le décès de Willy Ngoma montre que l’armée congolaise peut désormais mener des attaques ciblées. Ses forces spéciales, formées et soutenues par les éléments israéliens des paramilitaires de l’Américains Erik Prince, qui sont déployés à Uvira, sont désormais capables de frapper n’importe où et en toutes circonstances. Les attaques de drones sur les rebelles permettent maintenant aux milices Wazalendos, en premières lignes au sol, de pouvoir gagner du terrain et déloger certaines positions rebelles. Ce qui est désormais le cas autour de Rubaya, de Minembwe et de Kavumu.
Une aide américaine accrue
Malgré le cessez-le-feu proposé par l’Angola et accepté uniquement par Kinshasa, l’armée congolaise semble s’être engagée dans une volonté de reconquête par les armes des territoires occupés. La frappe ciblée qui a abattu Willy Ngoma pourrait donc opérer un changement de pied de Kinshasa, fort du soutien des sociétés privées paramilitaires et de l’aide américaine vers une escalade d’offensives tous azimuts. Le commandant américain de l’Africom est attendu prochainement à Kinshasa pour mettre en place le partenariat sécuritaire entre la RDC et les États-Unis. Washington devrait apporter son aide en matière de formation, d’équipements et de renseignements. De quoi, visiblement, donner des ailes à l’armée congolaise.
Coup d’arrêt pour Doha et le dialogue intercongolais
Bousculée par Kinshasa et en difficulté sur le terrain, l’AFC/M23 dénonce régulièrement depuis plusieurs semaines les attaques aériennes de Kinshasa, notamment contre la zone Minembwe où réside une forte communauté tutsie Banyamulenge. Mais surtout, le dernier enseignement de la frappe de drone contre Willy Ngoma signe la fin (provisoire ou non) des négociations de Doha, du dialogue intercongolais et de la pertinence de la médiation angolaise qui échoue une nouvelle fois à peser sur le conflit congolais.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


envoi en cours...



















