Les harcèlements et les arrestations arbitraires de journalistes, d’activistes et d’opposants se multiplient en République démocratique du Congo (RDC), ce qui préoccupe vivement Human Rights Watch (HRW). Un État de plus en plus répressif qui rappelle les années noires du régime de Joseph Kabila.

Une guerre à l’Est qui n’en finit pas, des tensions politiques autour d’un changement de Constitution qui pourrait permettre au président Félix Tshisekedi de s’accrocher à son fauteuil… Le climat délétère qui agite Kinshasa accentue la répression sur les voix dissonantes au pouvoir. C’est la constatation qu’a dressée Philippe Bolopion, le directeur exécutif d’Human Rights Watch, en visite à Kinshasa. « Human Rights Watch craint que les restrictions de la liberté d’expression et des critiques envers des responsables ne débouchent sur une répression plus large. » Pour l’ONG, « La répression actuelle en RD Congo rappelle de manière inquiétante l’ère Joseph Kabila, de nombreux activistes congolais et opposants politiques vivant dans la crainte de représailles de la part des autorités simplement pour avoir exprimé leur opinion. » Il faut dire que les méthodes employées par les autorités congolaises pour réprimer les voix critiques n’ont guère changé depuis la présidence Kabila.
La guerre à l’Est a intensifié la répression
Entre janvier et mai 2026, Human Rights Watch a mené de nombreux entretiens pour documenter cette répression. En mars dernier, « La police a lancé des gaz lacrymogènes et fait usage de la force contre les manifestants qui défilaient pacifiquement pour dénoncer les changements constitutionnels proposés ». 15 manifestants ont été arrêtés avant d’être libérés le lendemain. Les journalistes sont également ciblés. Deux d’entre eux ont dû se cacher pour échapper à leur arrestation par des membres des services de renseignements congolais « à la suite de déclarations critiques vis-à-vis de la politique du gouvernement ». Toujours en rapport avec le projet de changement de la Constitution. La guerre à l’Est contre les rebelles de l’AFC/M23, appuyés par le Rwanda voisin, a également été l’occasion d’intensifier la répression contre des personnes accusées de collusion avec le groupe armé. C’est le cas de Serge Sindani, journaliste et directeur du site Kis24.info, qui a été détenu pendant 10 jours « sans chef d’inculpation » sur ses liens supposés avec l’AFC/M23.
Le CNC, une police politique rattachée à la présidence
En matière de répression, Félix Tshisekedi n’a pas seulement copié son prédécesseur Joseph Kabila, il a innové. Le chef de l’État a mis en place son propre nouvel organe répressif : le Conseil national de cyberdéfense (CNC), qui fait office de police politique. Une institution directement rattachée à la présidence de la République. Ironie du sort, les partisans de l’ancien président Joseph Kabila, condamné à mort par la justice congolaise pour collaboration avec la rébellion, ont été particulièrement visés par les vagues d’arrestations massives du CNC. Aubin Minaku, ancien président de l’Assemblée nationale et représentant du PPRD, le parti de Joseph Kabila, ainsi qu’Emmanuel Shadary, secrétaire permanent du PPRD, sont tous les deux détenus par le CNC depuis le 18 janvier 2026 et le 16 décembre 2025. D’autres membres du PPRD ont également subi les foudres du CNC. Le parti de l’opposant Moïse Katumbi, Ensemble pour la République, a été la cible d’attaques de membres de l’UDPS, le parti présidentiel. Le siège d’Ensemble de Kimbanseke, à Kinshasa, a été vandalisé par de jeunes partisans de l’UDPS dans la nuit du 21 au 22 février 2026.
Des manifestations pacifiques réprimées
Les organisations de la société civile sont aussi harcelées par les autorités congolaises. « Le 9 mai, un tribunal militaire a reconnu coupables trois membres de Lucha accusés d’atteinte à la sûreté de l’État ; ils ont été condamnés à deux mois de prison avant d’être libérés, car ils avaient déjà purgé leur peine après avoir organisé en mars une manifestation pacifique pour dénoncer la pénurie d’eau potable à Bunia, dans la province de l’Ituri », explique Human Rights Watch. Même scénario à Matadi, dans le Kongo Central, où dix manifestants ont été détenus le 23 mars pour réclamer un meilleur accès à l’électricité. Lors de son passage à Kinshasa, Philippe Bolopion a rencontré la Première ministre Judith Suminwa, ainsi que les ministres de la Défense, de la Communication, et de la Justice. Il a aussi rencontré des victimes de violations des droits humains, des activistes, des membres de la communauté banyamulenge, et des partis politiques.
Le CNC, « un message effrayant à la société civile »
Philippe Bolopion a particulièrement insisté sur les arrestations extra-judiciaires menées par le Conseil national de cyberdéfense. « Les informations en provenance de Kinshasa faisant état d’un vaste réseau de lieux de détention secrets, hors de toute procédure judiciaire, envoient un message effrayant à la société civile congolaise », s’est inquiété le directeur exécutif d’Human Rights Watch. « C’est une pratique que le président Félix Tshisekedi s’était engagé à faire cesser lors de son entrée en fonction. » L’ONG s’est également émue du fait que des personnes arrêtées étaient détenues dans des villas alors que les autorités « étaient encore en train de finaliser l’enquête. » Des responsables du gouvernement congolais ont informé Philippe Bolopion que « des réformes concernant le CNC étaient en cours et qu’à l’avenir, aucune arrestation ne serait effectuée sans la présence de la police judiciaire ».
Une rencontre sollicité avec Paul Kagame
Enfin, le conflit à l’Est est une autre source d’inquiétude pour les droits humains. De graves exactions sont commises par les belligérants, rebelles M23, armée rwandaise, mais aussi armée congolaise et milices alliées Wazalendo. En avril, Human Rights Watch a sollicité une rencontre avec le président rwandais Paul Kagame pour discuter des exactions commises par l’armée rwandaise et le M23, mais n’a reçu aucune réponse. « L’impunité engendre davantage d’exactions », a dénoncé Philippe Bolopion. « Les gouvernements donateurs, y compris l’Union européenne, devraient soutenir les efforts de la RD Congo en matière de reddition des comptes, et sanctionner les hauts responsables congolais et rwandais qui soutiennent des groupes armés auteurs d’exactions. »
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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