Un rapport d’Amnesty international accuse les ADF de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Le groupe armé, qui a prêté allégeance à l’État islamique, « cible principalement les civils » dénonce le rapport, qui explique que les ADF ont profité du redéploiement de l’armée vers le M23 pour intensifier ses exactions.

Les témoignages directs de survivants des massacres commis par les ADF (Forces démocratiques alliées) dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) sont rares. Ceux publiés dans le dernier rapport d’Amnesty international sont glaçants. Une femme de 41 raconte la découverte de sa maison après une attaque des ADF à laquelle elle a pu échapper : « J’ai vu tellement de corps. J’ai reconnu certains des morts, dont mon père. Certains avaient été abattus. D’autres tués à coups de marteau. Mon père a été tué à coups de marteau. » Une jeune femme de 16 ans, enlevée par les ADF, témoigne de son mariage forcé : « J’ai dit que j’étais encore jeune. [Le chef du camp] a répondu : “Ça suffit ; ici on donne des maris à des filles dès 12 ans. Soit tu acceptes un mari, soit on te tue.” […] Ils m’ont menacée de m’égorger si j’essayais de m’enfuir, comme les deux filles qui avaient tenté de s’échapper et qui ont été exécutées publiquement. » Amnesty a pu interroger 71 personnes, témoins des exactions des ADF qui sévissent depuis plus de 30 ans dans le Nord-Est de la RDC, principalement dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Initialement présentée comme une rébellion ougandaise réfugiée dans ce qui était encore le Zaïre au début des années 1990, les ADF ont perdu toute velléité de prendre le pouvoir à Kampala et se sont « congolisés ». En 2019, le groupe a prêté allégeance à l’Etat islamique (EI) pour devenir la tête de pont du mouvement en Afrique centrale (ISCAP). Il n’existe pas de chiffre officiel précis et exhaustif sur le nombre total de victimes tuées par les ADF. Mais depuis 1996, on estime entre 8.000 à 10.000 les personnes tuées par le groupe armé.
Crimes de guerre et crimes contre l’humanité
Ce que documente le rapport d’Amnesty, c’est « l’immense brutalité des combattants ADF, explique la secrétaire générale d’Amnesty International, Agnès Callamard. Ceux-ci ont tué, enlevé et torturé dans le cadre d’une campagne de violences déshumanisantes ». Pour l’ONG, les exactions des ADF « sont des crimes de guerre que le monde ne saurait continuer d’ignorer. Dans la mesure où elles s’inscrivent dans le cadre d’attaques généralisées et systématiques contre la population civile, elles s’apparentent également à des crimes contre l’humanité. » Dans ce rapport, huit attaques sont documentées. Une des spécificités du groupe, c’est de faire des populations civiles « leur cible principale ». « Les combattants attaquent délibérément les civils non seulement pour voler de la nourriture, des médicaments et d’autres produits, mais également à titre de représailles pour des opérations militaires ». Le 8 septembre 2025, l’attaque du village de Ntoyo a fait plus de 60 morts en l’absence de réactions des forces de sécurité congolaises. Autre « signature » des attaques des ADF, elles sont généralement perpétrées à l’arme blanche : haches, machettes, marteaux. Les ADF attaquent également des centres de santé « à plusieurs reprises » pointe le rapport d’Amnesty. En novembre 2025, le centre médical de Byambwe a été incendié et 17 personnes ont été tuées. « Une personne âgée qui s’est enfuie de l’établissement en rampant a indiqué : “On ne pouvait pas se lever, ils tiraient sur tout ce qui bougeait“. »
Pillages, recrutements forcés, violences sexuelles…
Pour survivre dans les zones où ils commettent leurs exactions, les ADF se livrent à des pillages, des enlèvements, des prises d’otages contre rançon. Certains otages sont forcés à participer aux tueries. « Ils nous ont appris à tuer avec des armes et avec des lames… Dans la brousse, il fallait faire ce qu’on nous disait. On ne peut pas être faibles » témoigne une femme qui s’est échappée après deux ans de captivité dans le groupe armé. Des enfants sont également utilisés par les ADF. « Ils m’ont mis dans un groupe chargé de chercher de la nourriture… Ils nous prêchaient l’islam… Quand c’était l’heure de prier, je priais avec eux. Si on refusait, on risquait d’être tué » raconte un témoin enlevé à l’âge de 15 ans. Les violences sexuelles sont systématiques contre les femmes et les jeunes filles : mariages et grossesses forcés, esclavage sexuel, conversions imposées à l’islam.
Le conflit avec le M23 a laissé le champ libre aux ADF
Amnesty pointe enfin les défaillances des forces de sécurité congolaises. Dans plusieurs attaques, les témoins expliquent que l’armée, présente à proximité, « n’a pas toujours répondu ou a mis trop de temps à arriver sur les lieux ». Une survivante des tueries d’Otmaber s’indigne : « Même le matin, [les militaires] ne sont pas venus. Tout le monde a dû se débrouiller seul. » Des « failles » reconnues par les autorités congolaises. La faiblesse de l’armée congolaise est ancienne. Minée par la corruption et la mauvaise gouvernance, l’armée n’a jamais lutté efficacement contre la centaine de groupes armés qui pullulent dans l’Est du Congo. Les ADF opèrent dans de vastes zones de forêt tropicale, ce qui les rend extrêmement difficiles à localiser. En 2025, malgré l’opération militaire conjointe entre les armées congolaise et ougandaise « Shujaa », les ADF ont profité des redéploiements de troupes sur le conflit M23 pour intensifier ses exactions. Un conflit qui a laissé le champ libre au groupe armé. Ces opérations de lutte anti-ADF ont également dispersé le groupe armé dans des régions plus étendues et sur plusieurs fronts difficiles à contrôler. En échec militaire dans son combat contre les rebelles de l’AFC/M23, qui occupe aujourd’hui une partie du Nord et du Sud-Kivu, la lutte contre les ADF peine à mobiliser les autorités congolaise.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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