Les sanctions américaines sur Kigali ont poussé l’AFC/M23 à se replier sur Kamanyola, un verrou stratégique à la frontière du Rwanda, parrain de la rébellion. Un repli qui permet aux rebelles de jouer la montre alors que Kinshasa cherche à accentuer les sanctions sur Kigali.

Retour à la case Kamanyola. Les 9, 10 et 11 mai dernier, les rebelles de l’AFC/M23 se sont retirés unilatéralement de la plaine de la Ruzizi et de ses collines. Ses troupes se sont relocalisées à Kamanyola, à 75 kilomètres au Nord d’Uvira, la deuxième ville du Sud-Kivu qu’ils avaient brièvement occupée en décembre 2025. 75 kilomètres, c’est la distance à laquelle les États-Unis avaient demandé aux rebelles de se retirer. La prise d’Uvira avait été vécue comme une véritable humiliation par Washington, qui venait tout juste de faire signer l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda qui soutient la rébellion. Cinq mois plus tard, l’AFC/M23 revient à Kamanyola, sa position initiale qu’elle occupe depuis la chute de Bukavu, en février 2025.
Des sanctions américaines qui « font mal » à Kigali
Ce repositionnement des rebelles n’est pas vraiment une surprise. La pression américaine est récemment montée d’un cran sur leur parrain rwandais. En mars dernier, Washington a décidé de placer sous sanctions plusieurs hauts gradés, mais aussi l’armée rwandaise dans son ensemble. Une première qui commence à peser sur Kigali, dont on apprend également par le site Africa Intelligence qu’un déplacement du président Paul Kagame aux États-Unis a été avorté « directement lié aux tensions entre son pays et celui de Donald Trump ». Récemment, le président rwandais a reconnu que les sanctions américaines « [faisaient] mal », tout en assumant maintenir ses positions sur le conflit en RDC.
Prouver une certaine « bonne foi »
Sous pression, le retrait de l’AFC/M23 est donc un signal de bonne volonté de la rébellion, qui a décidé de jouer les « bons élèves » après un nouveau round de négociations peu prolixe en Suisse avec le gouvernement congolais. Le cessez-le-feu et son mécanisme de vérification, ainsi que la libération de prisonniers actés à Montreux n’ont toujours pas vu le jour et les combats n’ont jamais cessé sur le terrain, notamment au Sud-kivu, qui reste le principal point de fixation du conflit. Les rebelles ont laissé l’initiative des affrontements aux Wazalendo, les milices supplétives de l’armée congolaise, permettant aux rebelles de prouver une certaine « bonne foi » dans le respect du cessez-le-feu. L’AFC/M23 dénonce quotidiennement des attaques de Wazalendo et de drones de l’armée congolaise, notamment dans la zone à forte population Banyamulenge de Minembwe.
Kamanyola, une position-clé pour l’AFC/M23
Si le repli rebelle sur Kamanyola est bien la conséquence des pressions américaines, il change peu de choses dans la physionomie des rapports de forces sur le terrain militaire. Située à la frontière de la RDC, du Rwanda et du Burundi, Kamanyola reste le verrou stratégique d’accès à la plaine de la Ruzizi, mais aussi aux Hauts-plateaux. La proximité de la frontière rwandaise permet aux rebelles de recevoir facilement un soutien logistique en ravitaillement, en armes ou en hommes de Kigali. Kamanyola forme également une zone tampon pour protéger Bukavu, notamment de l’armée burundaise. Enfin, les rebelles restent pré-positionnés pour intervenir sur les Hauts-plateaux si la situation des populations banyamulenge venait à se dégrader de nouveau.
Une pression américaine bien maigre sur le terrain militaire
Kinshasa voit le retrait des rebelles sur Kamanyola comme une nouvelle victoire de sa stratégie diplomatique axée exclusivement sur la pression américaine. En mars 2025, Washington avait poussé l’AFC/M23 à quitter le secteur de Walikale, essentiellement pour sécuriser le site minier d’Alphamin, une entreprise qui était, à l’époque, à capitaux américains et canadiens. En décembre 2025, c’est Uvira que les États-Unis réussissent à libérer de l’occupation rebelle. Enfin, début mai 2026, la pression américaine repousse l’AFC/M23 sur Kamanyola, ses positions d’avant l’offensive sur Uvira. Les gains territoriaux sont maigres, mais permettent à Kinshasa de crier victoire et de continuer à masquer leurs échecs sur le terrain militaire.
Vers un prochain retrait de soldats rwandais ?
Le retour à Kamanyola permet aux rebelles de temporiser, d’éviter un possible nouveau train de sanctions, notamment sur Kigali, mais surtout de continuer à jouer la montre. Pendant ce temps, la rébellion poursuit la formation de ses cadres et de ses nouveaux combattants dans les zones qu’elle contrôle. Pour continuer de donner des gages de bonne volonté, la prochaine étape pourrait être le retrait d’éléments de l’armée rwandaise présents sur le sol congolais dans le cadre des « mesures défensives » mises en place par Kigali. De quoi gagner encore un peu de temps pour les rebelles. De son côté, Kinshasa, avec son unique carte diplomatique entre les mains, essaie de convaincre Washington d’accentuer les sanctions sur le Rwanda. Un projet de loi d’un député démocrate américain veut instaurer des sanctions pour « toute entrave aux accords de paix conclus à Washington entre la RDC et le Rwanda ». Avec en ligne de mire… Paul Kagame. Mais en attendant, le conflit est gelé, et les rebelles ne semblent pas disposer à laisser tomber Kamanyola qui leur permet de garder le contrôle de Bukavu.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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