Félix Tshisekedi ne cache plus sa volonté de reprendre la main militairement dans un conflit où le rapport de force lui est largement défavorable. À Rubaya ou Minembwe, Kinshasa a tenté des percées militaires, sans succès pour l’instant.

Les signatures d’accords et de protocoles se suivent, mais les combats n’ont jamais cessé sur le terrain entre les rebelles de l’AFC/M23, appuyés par le Rwanda, et l’armée congolaise soutenue par ses supplétifs Wazalendo. La pax americana signée à Washington fin 2025 n’a toujours pas été mise en oeuvre, et les négociations de Doha et Montreux entre la rébellion et le gouvernement congolais sont toujours en souffrance malgré neuf rounds de discussions stériles. Mais depuis plusieurs mois, les offensives de l’armée régulière et des Wazalendos, ces groupes armés qui ont rejoint Kinshasa, se multiplient. Mi-mai, Kinshasa s’est lancée dans la reconquête de Rubaya, la plus grande mine de coltan, tombée aux mains des rebelles depuis avril 2024. Une cible à la fois économique, mais aussi à grande charge symbolique et politique pour le président Félix Tshisekedi, qui n’a jamais réussi à reprendre par la force les territoires occupés par la rébellion depuis la résurgence du M23 fin 2021. L’offensive menée par les Wazalendo a été de courte durée avant une contre-attaque rebelle qui a repoussé les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et ses alliés.
Rubaya, Minembwe… Des objectifs politiques pour Kinshasa
Le même scénario s’est reproduit mi-juin sur les hauts plateaux de Minembwe, une région qui revêt une importance stratégique pour l’AFC/M23 qui prétend vouloir défendre les populations rwandophones Banyamulege, régulièrement attaquées par Kinshasa et ses groupes armés alliés. Le porte-parole des FARDC pour le Sud-Kivu, a même annoncé, le 18 juin, la prise de contrôle de Minembwe-Centre. Mais très rapidement, les Twirwaneho, un groupe armé allié à l’AFC/M23, ont démenti ces affirmations. Selon nos informations, une contre-offensive rebelle a poussé les forces loyalistes à se replier ce week-end, laissant l’AFC/M23 reprendre le contrôle de la zone. À Rubaya, comme à Minembwe, Kinshasa ne cache plus sa volonté de reprendre la main militairement dans un conflit où le rapport de force lui est largement défavorable. Le président Félix Tshisekedi lui-même, assume ces offensives militaires. Dernièrement, à Houston, à l’issue du match de la RDC contre le Portugal, le chef de l’Etat a déclaré que son armée était « en train d’écraser l’ennemi » et comptait bien annoncer la libération prochaine des villes de Goma et Bukavu, sous contrôle rebelle depuis début 2026.
Des retraits rebelles successifs sous pression américaine
La stratégie de Félix Tshisekedi repose désormais sur deux piliers : le soutien diplomatique américain pour faire pression sur le Rwanda et l’AFC/M23, et des offensives militaires pour tenter d’inverser le rapport de force et convaincre une opinion publique congolaise qu’il est encore l’homme de la situation. D’autant que sur le plan intérieur, Félix Tshisekedi cherche à faire changer la Constitution pour s’offrir un troisième mandat à la tête de la RDC. Une position également assumée depuis 2024. Si du côté militaire, Kinshasa n’a, pour l’instant, toujours pas récupéré par les armes des territoires occupés par la rébellion, elle a réussi à faire reculer l’AFC/M23 et son parrain rwandais par la seule pression diplomatique américaine. Les rebelles se sont retirés de Walikale-Centre en avril 2025, d’Uvira en janvier 2026, de Kipese en mars 2026 et de la plaine de Sange et Luvungi en mai dernier. Les sanctions américaines répétées contre des hauts cadres de la rébellion et de l’armée rwandaise, puis contre l’armée rwandaise tout entière, ne sont sans doute pas étrangères à ces replis successifs.
Doha en état de mort clinique
Fort de la bienveillance américaine, qui compte bien capitaliser son implication dans le dossier congolais sur les minerais stratégiques, l’armée congolaise a multiplié les attaques aériennes, par drones ou par avions. La région de Minembwe a été particulièrement visée ces derniers mois. Le collectif des avocats des parties civiles de la communauté Banyamulenge a dénoncé « des crimes d’épuration ethnique constitutifs de crimes contre l’humanité imprescriptibles ». L’AFC/M23 et le gouvernement congolais s’accusent mutuellement de violer systématiquement le cessez-le-feu. Le hic, c’est que le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, acté à Montreux en avril dernier et élargi à la présence de l’AFC/M23, n’a toujours pas été mis en oeuvre. Idem pour la libération des prisonniers, dont Kinshasa tarde à valider les listes. Deux mois après le round de négociations de Montreux, on voit bien que ce processus de dialogue, né à Doha, est aujourd’hui en état de mort clinique. Et Kinshasa n’ira sans doute pas plus loin dans ses discussions avec l’AFC/M23, tout accord avec les rebelles étant trop coûteux politiquement pour Félix Tshisekedi.
Tshisekedi en quête de victoires politiques
Sur la présence de soldats rwandais sur le sol congolais, Kinshasa compte sur l’ami américain pour forcer la main de Paul Kagame. Le secrétaire d’Etat Marco Rubio a récemment déclaré « espérer le retrait effectif des troupes rwandaises » cet été. Là encore, Kinshasa joue la carte américaine pour faire plier Kigali, sans forcément avoir à faire sa part, c’est-à-dire « neutraliser les FDLR », condition sine qua non pour obtenir le départ des soldats de Kigali. Sur le terrain, cette option pourrait avoir peu de répercussions. Depuis son retour en novembre 2021 et surtout les prises de Goma et Bukavu, l’AFC/M23 a largement recruté : combattants, policiers, services de sécurité, de renseignement… Mais pour Kinshasa, le départ des troupes rwandaises sonnerait comme une nouvelle victoire politique, comme l’a été le retrait de la ville d’Uvira. Et c’est l’essentiel pour Félix Tshisekedi, qui cherche à engranger des gains politiques dans un contexte polémique de projet de changement de Constitution qui lui permettrait de se maintenir au pouvoir après 2028, date de la fin de son deuxième et dernier mandat.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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