Depuis deux mois, les attaques se multiplient contre des ressortissants chinois dans la zone minière de Kasankala et Kisanfu. Une tension qui s’explique par la bataille larvée qui règne dans la province pour le contrôle des carrés miniers.

Braquages, prises d’otages, rackets… L’inquiétude est vive dans la communauté chinoise qui travaille dans les mines du Lualaba, une région du Sud-Est de la République démocratique du Congo (RDC) riche en cuivre, cobalt et lithium. Depuis le mois d’avril, les attaques s’enchaînent contre les ressortissants chinois. Les ONG locales, Ben Ezer et Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC), basées à Kisanfu, ont récemment documenté la chronologie des violences. Contacté par Afrikarabia, Paul Déogratias Yumbu, coordonnateur de la NSCC à Kisanfu, explique qu’une première tentative de braquage avortée s’est déroulée sur l’axe Kisanfu-Kisankala, le 4 avril dernier. « À quelques mètres de la barrière d’entrée de la concession minière, des assaillants ont surgi de la brousse et ont tiré trois coups de feu. Le chauffeur a accéléré et a réussi à quitter la zone ». Aucune victime n’a été enregistrée. À cette date, la longue série d’attaques ne fait que commencer.
Un ressortissant chinois tué par balles
Le 7 avril, le même véhicule, occupé par deux employés chinois est attaqué par sept hommes armés de fusils et de machettes. Les occupants de la voiture sont pris en otage, amenés dans la brousse et dépouillés d’une forte somme d’argent avant d’être relâchés. Le 7 mai, toujours sur le même axe et dans les mêmes horaires matinaux, le même véhicule est attaqué par quatre hommes armés. « Monsieur Jackson, un ressortissant chinois, a été tué par balles. Le chauffeur congolais a réussi à s’échapper, mais il sera blessé » raconte Paul Déogratias Yumbu. Mexa Mukanaya, de l’ONG Ben Ezer, lui rendra visite à l’hôpital de Kisankala, où il a été évacué. La Nouvelle Société Civile Congolaise a demandé l’ouverture d’une enquête « pour identifier et traduire les auteurs en justice », ainsi que « le renforcement de la sécurité sur l’axe Kisanfu-KIisankala. »
« Les braqueurs étaient vêtus d’uniformes militaires »
Ces violences graves ont poussé la « Chambre de commerce chinoise d’outre-mer en RDC » a transmettre une « demande urgente d’intervention » à la gouverneure de la province du Lualaba, Fifi Masuka Sani. Dans cette lettre qu’a pu consulter Afrikarabia, la Chambre est beaucoup plus précise sur les attaques contre ses ressortissants. Sur le braquage du 7 avril, la missive indique que 70.000 dollars américains ont été dérobés. Sur celle du 7 mai, dans laquelle l’employé chinois a été tué, 30 millions de francs congolais ont été volés, environ 12.000 dollars. Mais surtout, la Chambre révèle d’autres exactions subies par les opérateurs miniers chinois au Lualaba. Le 7 avril, toujours, le camp chinois de la mine Kisenda a été attaqué par 10 braqueurs armés, qui ont volé 2 fusils AK47 à la police du camp. 20.000 dollars ont été dérobés le 17 avril, lors de l’attaque de l’entreprise Nakamori Wood SARL à Kolwezi, ainsi que des appareils électroniques. Mais l’attaque la plus impressionnante s’est déroulée le 20 avril contre l’usine DCM de Fungurume. 26 à 30 assaillants ont attaqué le camp, blessant 4 ouvriers chinois. « Plusieurs téléphones portables ont été volés et le montant d’argent impliqué n’est pas encore confirmé » précise la Chambre. « Les braqueurs étaient vêtus d’uniformes militaires et étaient sous les ordres d’un capitaine », selon les témoins congolais de la scène.
« La sécurité des investisseurs étrangers doit devenir une priorité »
La Chambre de commerce chinoise s’alarme de cette montée de la violence dans la province du Lualaba. Tout comme les ONG locales, elle demande « le renforcement des mesures de sécurité pour garantir la sécurité du personnel (…). La sécurité des investisseurs étrangers doit devenir une priorité pour stabiliser la confiance et maintenir la contribution économique des entreprises chinoises à la province » plaide la Chambre. Contactée par Afrikarabia, une source proche de la Chambre affirme « espérer une amélioration du climat des affaires », ainsi qu’une « meilleure protection des intérêts des investisseurs, grâce à une intensification de la répression ». Un discours qui devrait faire mouche à Kolwezi, mais aussi à Kinshasa, qui fait de l’accès aux minerais congolais, une priorité nationale.
« Chacun cherche à avoir la couverture d’un général pour contrôler les carrés miniers »
A Kinshasa, une source sécuritaire congolaise confirme à Afrikarabia, la bataille que se livrent les élites pour le contrôle des carrés miniers au Lualaba, avec le soutien « informel » de hauts cadres des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Avec le changement de pouvoir à Kinshasa en 2019, certaines personnalités ont perdu de l’influence sur le business des mines, alors que d’autres ont commencé à s’imposer, fort de leurs nouveaux soutiens politiques. Selon nos informations, les groupes armés qui pullulent dans l’Est congolais ne sont pas responsables des attaques dans la zone de Kisanfu, bien trop éloignée de leur rayon d’action. Ce sont des délinquants locaux, instrumentalisés par les élites locales et certains militaires, qui opèrent la « sale besogne », selon notre source sécuritaire kinoise. « Chacun cherche à avoir la couverture d’un général et de ses troupes pour contrôler les carrés miniers ».
Un partenariat sécuritaire avec Pékin
L’idée de la création d’une « Garde minière » avait été lancée en avril par Kinshasa pour sécuriser les gisements et les sites d’exploitation. Une Garde à statut paramilitaire qui serait forte de 20.000 hommes. Un projet séduisant qui pourrait libérer les soldats mobilisés sur les sites miniers et leur permettre de prêter main-forte aux troupes de l’armée en difficulté face aux rebelles de l’AFC/M23. Ironie du sort, le ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a effectué un voyage officiel à Pékin, fin mai, quelques semaines seulement après l’attaque meurtrière qui a coûté la vie à un ressortissant chinois. La RDC en a profité pour signer un partenariat entre la police nationale congolaise (PNC) et la sécurité publique chinoise. L’objectif affiché est de « renforcer les capacités techniques et opérationnelles entre les forces des deux pays ». Un partenariat que la Chambre de commerce chinoise espère fructueux.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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