Des riverains de la mine de cuivre et de cobalt COMMUS, appartenant au groupe chinois Zijin Mining, accusent l’entreprise et les autorités congolaises d’être responsables d’une pollution de grande ampleur. Un procès qui pourrait créer un précédent pour d’autres communautés qui vivent des situations similaires.

En République démocratique du Congo (RDC), l’accès aux minerais indispensables à nos vies numériques et à la transition écologique a un coût. Il est environnemental et sanitaire, et il est très élevé. Le cas des riverains de la mine de cuivre et de cobalt de Kolwezi, dans la riche province minière du Lualaba, est emblématique. Sur le site de COMMUS, contrôlé par le groupe chinois Zijin Mining, les tonnes de résidus miniers stockés à proximité des habitations et des écoles ont un réel impact sur la santé des habitants. Des études scientifiques indépendantes de l’air et de l’eau ont récemment été menées. Les résultats des analyses « ont mis en évidence des niveaux alarmants de pollution », selon deux ONG internationales, RAID et AFREWATCH. Sur le site d’une école, fréquentée par plus de 1500 enfants, la pollution de l’air par particules fines est trois fois supérieure à la limite fixée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les poussières analysées contenaient des traces élevées de cuivre et de cobalt, ce qui ne laisse aucun doute sur leur provenance. « Une exposition prolongée à ce type de pollution est associée au cancer, aux maladies respiratoires et à une altération du développement pulmonaire chez l’enfant » indiquent les ONG. Les analyses ont également montré un taux d’acidité très important dans l’eau, ainsi que « des concentrations élevées de métaux dans un puits communautaire, situé près de l’installation de stockage des résidus miniers de COMMUS ».
« Quand on se lave avec cette eau, on développe des problèmes de peau »
Les témoignages de riverains recueillis par RAID et AFREWATCH font remonter les premiers effets de la pollution de l’air et de l’eau après l’arrivée de l’usine COMMUS en 2015. « L’entreprise a installé des conduites pour acheminer l’eau du lac vers son usine, puis d’autres pour rejeter l’eau de l’usine dans le lac, explique une mère de 8 enfants vivant près du site minier. Quand cette eau retourne dans le lac, on ne trouve plus de poissons parce qu’elle contient de l’acide. Les légumes qui poussaient naturellement autour du lac ne poussent plus non plus. Aujourd’hui, nous ne l’utilisons plus parce que, quand on se lave avec cette eau, on développe des problèmes de peau». Depuis le 3 novembre, l’affaire de la pollution minière de l’entreprise COMMUS se retrouve devant le Tribunal de commerce de Kolwezi. Une action en justice qui vise aussi l’État congolais et l’Agence congolaise de l’environnement (ACE), « auxquels les habitants reprochent de ne pas avoir correctement surveillé la mine ni fait appliquer les lois environnementales ».
Un procès pour l’exemple
L’affaire est d’autant plus intéressante que, selon les dispositions renforcées du Code minier congolais, « c’est aux entreprises minières de démontrer que les dommages environnementaux subis par les communautés locales ne résultent pas de leurs activités ». Les 27 plaignants de l’affaire COMMUS « demandent que les zones polluées soient dépolluées et que des mesures soient prises pour prévenir de nouveaux dommages, explique Jean-Pierre Lwamba, directeur des programmes des droits humains d’AFREWATCH. Ils ne devraient pas avoir à accepter la contamination comme le prix inévitable de l’exploitation minière. » 1,3 million de dollars est demandé pour indemniser les victimes de leurs problèmes de santé, et 5 millions de dollars pour dépolluer le site. Si les riverains de la mine COMMUS de Kolwezi venaient à gagner leur bataille judiciaire contre le géant minier chinois, cela pourrait convaincre d’autres communautés vivant près de sites industriels miniers, de déposer plainte. « Dans toute la ceinture de cuivre et de cobalt de la RDC, des communautés subissent la pollution de grandes exploitations industrielles, sans souvent disposer d’informations suffisantes sur ses effets sur leur santé et leurs moyens de subsistance », signalent les deux ONG.
La transition écologique « ne peut pas se construire sur des communautés polluées »
COMMUS a indiqué dans un courrier qu’elle respecte les réglementations environnementales congolaises et que « ses propres mesures montraient que la qualité de l’air respectait « généralement » les normes applicables ». Selon l’entreprise minière, la pollution aurait pour origines « les conditions géologiques naturelles, les anciennes activités minières et d’autres activités industrielles ». Pour Anneke Van Woudenberg, la directrice exécutive de RAID, « la transition vers une énergie propre ne peut pas se construire sur des communautés polluées. Alors que le monde se précipite pour obtenir le cuivre et le cobalt du Congo, les populations qui vivent près de ces mines exigent que leurs droits comptent aussi. Au lieu d’attendre que les entreprises et les gouvernements les protègent, elles portent elles-mêmes leur combat pour la justice devant les tribunaux. »
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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