L’ancien président congolais prend la tête d’un nouveau mouvement politico-militaire, le Front pour la Refondation de la Nation, avec les principales figures de la rébellion de l’AFC/M23 qui est dissoute. Une restructuration qui n’a pas pu se faire sans le feu vert de Kigali.

On sait désormais quel costume Joseph Kabila a décidé d’endosser pour jouer de nouveau « sa partition » dans la politique congolaise : celui du rebelle. Les intentions de l’ex-chef d’Etat, condamné à mort par Kinshasa pour ses liens avec la rébellion de l’AFC/M23, ne faisaient guère de mystère depuis plusieurs mois. Un rapport des Nations unies indiquait cet été que la rébellion allait se restructurer et que Joseph Kabila devait prendre « une place de premier plan » dans la nouvelle organisation. Déjà en 2023, l’arrivée de Corneille Nangaa, proche de l’ancien président, dans la galaxie M23 avec son Alliance Fleuve Congo était déjà un signe. Les nombreuses visites du Raïs à Goma, une ville sous contrôle rebelle, avaient fini de convaincre les derniers sceptiques du rapprochement entre Joseph Kabila et les rebelles soutenus par Kigali.
L’AFC/M23 change de nom
Le Front pour la Refondation de la Nation (FRN) constitue donc le énième avatar d’un cycle des rébellions qui semble sans fin. Après l’AFDL à la fin des années 1990, se sont succédés le RCD, le CNDP, le M23 première version, puis le M23 deuxième version en 2022. Aujourd’hui, c’est donc un ancien président qui reprend le chemin des armes au Congo, validant encore une fois l’adage qu’il n’ y a que deux façons de prendre le pouvoir à Kinshasa : en tripatouillant les élections, ou en prenant la kalachnikov. Désormais à la tête du Front pour la Refondation de la Nation, Joseph Kabila y est secondé par Bertrand Bisimwa, le responsable politique du M23, de Corneille Nangaa, de Sultani Makenga qui prend le commandement de la branche militaire, de Freddy Kaniki, de Benjamin Mbonimpa, et de Désiré Rukomera. Tous des cadres de l’ex-AFC/M23.
Kigali garde un oeil sur Kabila
L’arrivée de Joseph Kabila n’a pas été sans tensions internes au sein de la rébellion. Le site Africa Intelligence avait révélé qu’un « complot » avait été récemment déjoué avec à sa tête Théo Binamungu, un proche conseiller de Corneille Nangaa. L’objectif était d’évincer le chef militaire du M23, Sultani Makenga, et d’y installer Baudouin Ngaruye, ce qui permettrait à Corneille Nangaa de prendre l’ascendant sur la rébellion, toujours largement dominée par la toute-puissante branche militaire pilotée par Kigali. En fait, c’était pour préparer l’arrivée de Joseph Kabila, qui, fort de ses importants moyens financiers, avaient commencé à débaucher des membres de la rébellion. Le maintien de Sultani Makenga à la tête de la branche militaire montre que le Rwanda espère toujours tirer les ficelles, et garder un oeil sur Kabila.
« Congoliser » la rébellion
La question est maintenant de savoir ce que Kigali compte faire de cette situation inédite. Faute d’alternative, le Rwanda s’est résolu à laisser faire Joseph Kabila, même si les objectifs des rebelles d’aller jusqu’à Kinshasa pour prendre le pouvoir sont loin d’être ceux de Kigali, échaudée par les expériences passées. L’entrée de Nangaa et Kabila dans la danse permet surtout au turbulent voisin de minimiser son implication dans le conflit pour faire de la nouvelle rébellion un mouvement congolais répondant à des problèmes congolais. Et terminer ainsi la « congolisation » de la rébellion. Le Rwanda espère ainsi desserrer l’étau des sanctions internationales. Dans cette partie de billard à plusieurs bandes, Joseph Kabila a décidé de jouer « sa partition », comme il le déclarait en mai 2025. Un pari risqué qui dépendra toutefois des intentions de son parrain rwandais qui peut encore, à tout moment, « débrancher » certains rebelles, civils ou militaires, qui ne joueraient pas le jeu.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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