La proposition de cessez-le-feu de l’Angola, acceptée uniquement par Kinshasa, devrait continuer d’acter un enlisement du conflit. Du pain béni pour les belligérants qui semblent trouver un intérêt commun au statu quo sécuritaire à l’Est du pays.

Un cessez-le-feu de plus sur la table des négociations. Cette septième proposition de cessez-le-feu depuis début 2025 est signée Luanda, qui revient dans le cercle sans cesse renouvelé des médiateurs du conflit congolais. Après plusieurs navettes de consultations avec le président Félix Tshisekedi, l’Angola a proposé aux belligérants un cessez-le-feu qui devrait possiblement débuter le 18 février à 12h00. Une proposition rapidement acceptée par la présidence congolaise, que l’on soupçonne d’être à la manoeuvre derrière l’initiative de João Lourenço. Kinshasa explique s’inscrire dans une logique « d’apaisement et de recherche d’une solution pacifique au conflit ». Un cessez-le-feu qui doit impliquer « un gel strict et immédiat des positions, l’arrêt de tout renforcement militaire, la cessation de toute rotation ou approvisionnement offensif, l’interdiction de toute tentative de modification du statu quo sur le terrain, ainsi que la fin de tout appui extérieur aux groupes armés ».
« Une stratégie de diversion » selon l’AFC/M23
Côté rébellion, l’initiative angolaise n’a pas reçu le même accueil. L’AFC/M23 a d’abord déclaré ne pas avoir été informé de la proposition angolaise. Les rebelles estiment que le seul processus de négociation en cours avec Kinshasa se trouve à Doha, et dénoncent une accumulation d’initiatives diplomatiques sans réelle coordination. Le retour de l’Union africaine comme facilitateur dans la crise congolaise, en parallèle des processus de paix de Washington et Doha, avait déjà recueilli l’ire de la rébellion, qui exigeait une clarification dans ces multiples médiations. L’AFC/M23 dénonce « une stratégie de diversion » de Kinshasa, qui masquerait sa « volonté persistante de privilégier l’option militaire, comme en témoigne la poursuite des offensives, le recours à des mercenaires, l’usage massif de drones offensifs ».
Gagner du temps
Le cessez-le-feu angolais risque donc de terminer aux oubliettes, comme les six autres accords signés et jamais respectés par les belligérants. À bien y regarder de plus près, ces empilements d’initiatives diplomatiques parallèles sont pourtant du pain béni pour les parties prenantes : Kinshasa et rébellion confondus. Chacun cherche, en effet, à gagner du temps et jouer la montre. L’AFC/M23 continue de s’implanter durablement dans les territoires qu’il contrôle et administre. Une vidéo tournée par les rebelles annonce le recrutement de plus de 7.000 nouveaux combattants. Le rapport de force tournant largement en faveur des rebelles, l’AFC/M23 n’a aucune intention de céder du terrain et de laisser l’armée congolaise se réorganiser. À Kinshasa, le statu quo est également le bienvenu. Il est, en effet, impensable pour les autorités congolaises de négocier et faire des compromis avec les rebelles dans une telle position de faiblesse militaire. Un aveu d’échec qui serait dévastateur politiquement pour Kinshasa.
Trump, la seule carte de Tshisekedi
Sans solution militaire ou diplomatique depuis la résurgence du M23, fin 2021, Félix Tshisekedi n’a plus qu’une seule carte en main pour éviter la catastrophe : celle des États-Unis. Depuis l’implication de Donald Trump dans le conflit congolais, en signant un deal « minerais contre sécurité », les Américains sont les seuls à avoir pu peser sur le terrain militaire. Sans être parvenu à ramener la paix, l’intervention des États-Unis a tout de même permis le retrait de l’AFC/M23 de Walikale et d’Uvira, et l’arrêt de l’offensive rebelle vers le Grand Katanga. Le président congolais compte également sur le retour de la Monusco au Sud-Kivu pour observer et documenter un potentiel cessez-le-feu pour empêcher la rébellion de conquérir de nouveaux territoires. Seul bémol, de taille, Antonio Guterres a rappelé sur RFI que l’action de la Monusco serait limitée, n’ayant « pas la capacité d’imposer la paix ». À ce jour, seule une intervention diplomatique musclée des États-Unis serait en mesure de faire bouger les lignes. Mais Kinshasa l’attend toujours.
Faire traîner jusqu’en 2028
À l’heure où les processus diplomatiques tous azimuts, où se superposent à Washington, Doha, Luanda, au Togo ou avec la nouvelle la présidence burundaise de l’Union africaine, on risque d’être de nouveau plongée dans des palabres sans fin, qui risquent d’ancrer le conflit dans la durée. Tout cela, avec des acteurs aux intérêts divergents et sans coordination. À Kinshasa, l’opposition redoute surtout que Félix Tshisekedi cherche à faire traîner les négociations jusqu’en 2028, date de la prochaine présidentielle, où la Constitution l’empêche de briguer un troisième mandat. Les prémices d’un dialogue intercongolais en gestation pourrait valider l’hypothèse d’un pouvoir qui cherche déjà à mettre en place les conditions politiques d’une rallonge du mandat de Félix Tshisekedi pour cause de guerre à l’Est. Le spectre du glissement revient sur la table.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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