« Ce qui est arrivé à Maduro peut arriver à n’importe qui » a prévenu Donald Trump après son intervention militaire au Venezuela. Un avertissement qui résonne en RDC, engagée avec Washington dans des négociations de paix avec le Rwanda et sur un deal minier.

L’attaque surprise de Caracas, la capture du président Nicolas Maduro et de sa femme, et la mise sous tutelle du Venezuela par les États-Unis ont laissé le monde entier sidéré. Illégale, difficilement justifiable et hautement risquée, l’intervention américaine au Venezuela signe le retour d’un hard power brutal qui inquiète jusque sur le continent africain. Et particulièrement en République démocratique du Congo (RDC). Le Congo est, en effet, engagé avec Washington dans un délicat processus de paix avec le Rwanda sur fond d’un deal économique inédit : « sécurité contre minerais ». Les États-Unis sont censés ramener la paix à l’Est du pays dans le conflit qui oppose les rebelles de l’AFC/M23, soutenu par le Rwanda, et Kinshasa, contre un accès privilégié aux minerais pour les entreprises américaines. Tout comme le Venezuela et ses monstrueuses réserves de pétrole, la RDC regorge de minerais critiques (cassitérite, tungstène, coltan) indispensables au secteur de la Tech. Des richesses naturelles qui attisent les convoitises de Washington dans sa guerre économique et technologique avec Pékin.
Quelle attitude américaine dans les Grands Lacs ?
L’opération militaire américaine au Venezuela interroge au Congo. Avant sa réélection en 2024 à la Maison Blanche, Donald Trump avait pourtant laissé entendre qu’il n’interviendrait plus militairement à l’étranger, mettant fin potentiellement à son rôle historique de « gendarme du monde ». Ce revirement trumpien inquiète en RDC, où l’on se demande quel sera l’attitude américaine à l’avenir, alors que l’accord de paix de Washington entre la RDC et le Rwanda n’a jamais été mis en oeuvre et bat sérieusement de l’aile. En l’absence de réaction officielle de Kinshasa, le débat fait rage sur les réseaux sociaux. Les partisans du chef de l’Etat n’hésitent pas à imaginer, après le « précédent Maduro », une intervention américaine à Kigali pour « capturer » le président rwandais Paul Kagame qu’ils accusent de faire capoter l’accord de paix et donc de retarder la mise en oeuvre du deal économique avec Washington. Un scénario-fiction bien peu réaliste que les partisans des rebelles de l’AFC/M23 voudraient bien voir se réaliser contre le président Félix Tshisekedi qu’ils estiment tout aussi aussi « illégitime » que Nicolas Maduro.
Une position congolaise délicate au Conseil de sécurité
Plus sérieusement, l’intervention américaine au Venezuela risque de mettre la diplomatie congolaise à rude épreuve. À peine installée, en tant que membre non-permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, la RDC va être appelée à se prononcer sur la capture et l’exfiltration du président vénézuélien, que de nombreux pays, notamment en Afrique, jugent contraire au droit international et illégitime. La RDC se retrouve dans une position délicate, et on imagine mal Kinshasa condamner le coup de force des Etats Unis, alors que le gouvernement congolais compte essentiellement sur Washington pour faire respecter l’accord de paix avec le Rwanda. La crise vénézuélienne servira donc de premier test pour la RDC au Conseil de sécurité, où elle a promis de faire avancer le dossier sécuritaire à l’Est et exiger le respect des engagements de l’ONU.
Une seule boussole pour Washington : les intérêts économiques
La position congolaise sera donc scrutée de prêt aux Nations unies, où Kinshasa devra choisir entre se ranger derrière Donald Trump, pour ne pas mettre à mal l’accord de Washington et l’implication américaine dans le retour de la paix dans les Kivu, ou s’aligner sur la position de l’Union africain (UA), plus critique envers les États-Unis. L’UA s’inquiète « vivement » de ce qu’elle appelle « l’enlèvement » de Nicolas Maduro et reste très attachée « aux principes fondamentaux du droit international, notamment le respect de la souveraineté des États ». Une chose est sûre, c’est que l’opération militaire américaine au Venezuela sonne comme un avertissement fort aux dirigeants du monde entier. « Ce qui est arrivé à Maduro peut arriver à n’importe qui » a prévenu Donald Trump. Et l’imprévisibilité du président américain ne met plus personne à l’abri d’une intervention américaine, en dehors de toutes les règles internationales, avec une seule boussole : les intérêts économiques des États-Unis. Et la RDC est plutôt placée en haut de la liste.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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