Après plusieurs reports, la Coalition 64 avait de nouveau rendez-vous dans la rue pour protester contre le projet de changement de Constitution et un possible troisième mandat de Félix Tshisekedi. La mobilisation n’était pas vraiment au rendez-vous à Kinshasa, où des violences ont éclaté, alors qu’en province les rassemblements étaient le plus souvent interdits.

Cette journée du 15 septembre constituait un test grandeur nature pour l’opposition et la police congolaise. Pour les opposants, il fallait prouver qu’après plusieurs reports de manifestations, ils étaient encore capables de mobiliser ; et pour la police, qu’elle pouvait sécuriser le cortège dans le calme. Autant le dire tout de suite : l’opposition et la police n’ont pas vraiment réussi leur pari. L’affluence a été faible dans les rues de la capitale, et des affrontements ont éclaté entre les manifestants et des militants du parti présidentiel (UDPS), largement aidés par les gros bras de la Force du Progrès, un mouvement que l’opposition assimile à une milice chargée de semer le chaos dans ses manifestations. Pourtant, le pouvoir avait à coeur de prouver qu’une manifestation d’opposants pouvait se dérouler sans heurt à Kinshasa. Tout avait été fait pour limiter les tensions, notamment sur le parcours qui devait se terminer devant le Palais du Peuple le jour de la rentrée parlementaire, et qui a été modifié. Ensuite, les consignes des officiers de police à leur troupe délivrées devant les caméras étaient claires : « Nous sommes là pour encadrer et sécuriser la marche jusqu’à son point de chute ». Voilà pour les déclarations d’intentions.
Interdiction, répression et arrestations
Si la matinée a été calme avec des cortèges de manifestants clairsemés et encadrés par les forces de l’ordre, la situation a dégénéré dans l’après-midi lorsque les opposants se sont retrouvés face à des militants pro-gouvernementaux et aux membres des Forces du Progrès. Des incidents ont éclaté au niveau de la 11e et 12e rue de Limete, non loin du siège du parti présidentiel. La police a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser manifestants et membres de la Force du Progrès. L’opposant Martin Fayulu a dénoncé un « guet-apens », ainsi que la complicité entre la police et les Forces du Progrès, armées de machettes. Dans le reste du pays, des manifestations avaient été annoncées dans les grandes villes provinciales par les partis d’opposition composant la Coalition 64 (C64), mais les autorités locales avaient le plus souvent interdit les marches. À Lubumbashi, les policiers ont empêché la manifestation de démarrer au square Forest. Khiller Mubambe, membre d’Ensemble pour la République, le parti de l’opposant Moïse Katumbi, a été brièvement interpellé avant d’être libéré. À Uvira, la marche a été dispersée et 4 personnes ont été arrêtées. À Kananga et Likasi, ce sont des cadres et des militants du mouvement Envol et d’Ensemble qui ont été interpellés. À Kalemie, des militaires ont occupé les locaux du parti Ensemble et arrêté 2 opposants, de l’ECiDé de Martin Fayulu et du LGD de Matata Ponyo. À Kisangani, la manifestation a été dispersée et à Mbandaka, tout rassemblement était strictement interdit par les autorités.
Kinshasa moins rebelle ?
Ce premier test de mobilisation pour l’opposition congolaise a clairement montré les limites de l’exercice dans un contexte où la guerre à l’Est et la prochaine convocation d’un dialogue national offrent peu de prise à des manifestations populaires. D’autant que l’opposition a déjà reporté par deux fois ses « marches pacifiques » pour laisser une chance à l’organisation d’un dialogue inclusif, ce qui a largement fait retomber le soufflet de la mobilisation. Il y a ensuite le cas très particulier de Kinshasa, qui a toujours été une « capitale rebelle » et un caillou dans le pied des différents pouvoirs successifs. Mais aujourd’hui, ce sont les opposants d’hier, l’UDPS de Félix Tshisekedi, qui sont au pouvoir. Les autres partis peinent à mobiliser sans cet acteur historique de l’opposition kinoise. Il y a ensuite la répression qui, même si elle est moins sanglante que sous Joseph Kabila, a refroidi nombre de manifestants. Surtout qu’aujourd’hui, ce n’est plus principalement la police qui réprime les manifestants à Kinshasa, mais une milice liée au parti au pouvoir. En province, la situation est sensiblement différente. Dans les autres villes congolaises, les autorités ont davantage eu tendance à interdire systématiquement les mobilisations d’opposants, qui sont plus faciles à réprimer et disperser que dans la capitale. On l’a vu ce 15 septembre, la répression politique a été plus forte en province, où les sièges des partis d’opposition ont été régulièrement envahis et bloqués par la police, tuant dans l’oeuf toute velléité de descendre dans les rues. L’opposition devra donc tirer les enseignements de cette faible mobilisation, même si le débat sur le changement de la Constitution est loin d’être clos et les tensions politiques sur le possible 3ème mandat de Félix Tshisekedi loin d’être éteintes. Il reste encore un peu plus de 2 ans avant l’échéance présidentielle de 2028.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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