À Rome, la coalition d’opposition C64 plaide à nouveau pour le respect de la Constitution et annonce son intention de rencontrer Félix Tshisekedi et Joseph Kabila pour tenter de trouver une troisième voie à une sortie de crise en République démocratique du Congo (RDC).

Ni Tshisekedi, ni Kabila. La Coalition C64 tente de sortir du piège du face à face Tshisekedi-Kabila qui vampirise la crise politique congolaise depuis l’annonce par l’ancien président de prendre la tête de la rébellion armée avec la création du Front pour la Refondation de la Nation ( FRN). Pour encore peser sur la scène politique, l’opposition devait trouver un nouveau positionnement. Après deux petits jours de réunion dans la capitale italienne, les cinq leaders de la C64, Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Augustin Matata Ponyo et Jean-Marc Kabund, ont trouvé un trou de souris, une stratégie lisible, entre la condamnation du recours aux armes de Joseph Kabila et la volonté de changer la Constitution de Félix Tshisekedi pour s’offrir un troisième mandat. Pour les opposants, le respect de la loi fondamentale actuelle doit donc s’imposer : pas de changement de Constitution, pas de troisième mandat, pas de report des élections de 2028, pas de prise du pouvoir par les armes et pas de balkanisation du pays. Le communiqué final de la C64 renvoie donc dos à dos Tshisekedi et Kabila, avec un message commun : « Il n’y a pas d’issue militaire à la crise ». Les opposants plaident donc « pour un dialogue inclusif avec toutes les parties sans exclusive », ce qui valide leur soutien (sans le nommer) à la présence de Joseph Kabila. Un point qui a fait particulièrement débat au sein de la C64.
Un nouveau rôle pour reprendre l’initiative
En lisant le communiqué commun de la plateforme d’opposition, on sent bien que la ligne de crête « ni Tshisekedi, ni Kabila » a été délicate à tenir, avec un dilemme de taille : ne pas être accusé de soutenir la rébellion de Joseph Kabila et donner des gages à Félix Tshisekedi, tout en continuant la lutte contre un changement de Constitution que le président congolais a récemment déclaré « ne pas aimer ». La grande nouveauté du conclave de Rome vient de cette proposition de prendre l’initiative de rencontrer séparément Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, se posant ainsi en médiateur de la crise. Un rôle tout à fait nouveau pour l’opposition, qui était jusque-là dévolu aux confessions religieuses catholique et protestante. L’idée de l’opposition est de pouvoir rester moteur dans la crise politique, alors que, depuis la faible mobilisation de la manifestation du 15 septembre, la C64 se voyait marginalisée, et surtout peinait à apparaître comme une alternative crédible au duel Tshisekedi-Kabila. C’est donc par la voie du dialogue que l’opposition souhaite résoudre la crise. Reste maintenant à savoir si les deux protagonistes, qui n’ont aucun intérêt à donner des gages à l’opposition politique, vont accepter la rencontre et dans quel calendrier. Félix Tshisekedi a tout intérêt à jouer la montre jusqu’à l’approche des élections de 2028 et Joseph Labila doit désormais montrer que le FRN est en mesure d’inquiéter militairement Kinshasa. Deux calendriers peu compatibles avec une quelconque volonté de dialogue national. En attendant, la Coalition 64 réclame toujours des actes de décrispation politique du pouvoir pour mettre fin aux pressions sur les opposants, aux arrestations arbitraires, et exige la libération de plusieurs de leurs membres, Marley Vuvu ou Prince Epenge. Ce dernier a été interpellé juste avant d’embarquer pour Rome. Signe de l’extrême tension qui règne à Kinshasa, et preuve que le rapport de force avec le pouvoir est encore largement défavorable à l’opposition.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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