La RDC annonce avoir négocié un protocole de reddition des FDLR, un groupe armé héritier des génocidaires rwandais, dont la neutralisation reste le principal point de blocage de la mise en oeuvre de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda. Mais Kinshasa et Kigali persistent dans leur lecture controversée de l’épineuse question des FDLR.

Kinshasa ne boude pas son plaisir. Le ministre congolais de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, n’est pas peu fier lorsqu’il annonce la signature d’un protocole de reddition des FDLR, ce groupe armé composé d’anciens génocidaires rwandais, que Kigali considère comme une menace existentielle pour sa sécurité. Mais surtout, leur neutralisation constitue un préalable pour le Rwanda pour entamer le retrait de ses troupes de l’Est du Congo, où il soutient en hommes et en armes la rébellion de l’AFC/M23. Avec ce protocole, Kinshasa espère donc avoir balayé le point de blocage qui empêche Kigali de se retirer de l’Est du Congo. À Washington, fin 2025, Kigali et Kinshasa avaient signé un accord de paix actant la neutralisation des FDLR par la RDC, et le départ des quelque 6.000 à 8.000 soldats rwandais du Nord et du Sud-Kivu. Mais depuis, Kinshasa n’a jamais vraiment avancé sur le dossier. De timides appels à la démobilisation des FDLR avaient été lancés, sans résultat. Il faut dire que l’armée congolaise (FARDC) s’appuie fortement sur le groupe armé pour combattre les rebelles de l’AFC/M23. La collaboration des FARDC avec les FDLR a largement été documentée par les nombreux rapports des experts de l’ONU. En échec militaire depuis la résurgence du M23, fin 2021, Kinshasa compte essentiellement sur ces groupes armés locaux pour tenter de reprendre la main militairement. En vain pour l’instant. Les rebelles de l’AFC/M23, appuyés par Kigali, se sont emparés depuis plus de 8 mois des deux plus grandes villes de l’Est congolais, Goma et Bukavu, et contrôlent et administrent de vastes territoires.
Les conditions posées par les FDLR
Le protocole de reddition des FDLR présenté par Kinshasa tente donc de faire bouger les lignes. Floribert Anzuluni, lors d’un briefing presse, a présenté le texte comme « le désarmement, la démobilisation et le cantonnement » du groupe armé. Le protocole stipule également que « les FDLR se sont engagées à ce que toute personne ou tout combattant contre lequel existent des preuves de crimes graves, de crimes contre l’humanité ou d’autres crimes imprescriptibles puisse être jugé ». Le ministre a ensuite expliqué que les FDLR demandaient des garanties de sécurité et de viabilité des camps de cantonnement et que le retour au Rwanda des personnes démobilisées « soit volontaire ». Les personnes qui le demanderont pourront être relocalisées dans un pays tiers. Le mouvement doit enfin être dissous. Pour Floribert Anzuluni, la signature de cette reddition démontre la volonté de respect des engagements de Kinshasa et attend sa part de Kigali. « Nous allons désormais pouvoir exiger ce qui constitue déjà une exigence des accords de Washington : le retrait sans condition des troupes rwandaises de la République démocratique du Congo ».
« Neutraliser ne signifie pas tuer » pour Kinshasa
Kinshasa entend également faire peser un autre argument pour pousser au retrait des troupes rwandaises. La grande majorité des FDLR se trouverait dans des zones sous contrôle de l’AFC/M23, ce qui impliquerait pour la RDC un retrait des rebelles et du Rwanda pour pouvoir « neutraliser » les FDLR. Pour Kigali, la ficelle est un peu grosse. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, estime que l’annonce du protocole de reddition des FDLR constitue une « grossière manipulation » qui n’est « en rien conforme aux accords de Washington, qui ne le prévoit nulle part ». Il semble donc que le terme de « neutralisation » soit diversement apprécié des deux côtés de la frontière. Pour Kinshasa, « la neutralisation ne signifie pas tuer, selon le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya. Elle consiste à réduire la capacité de nuisance pour que ces forces résiduelles ne représentent plus une menace pour la sécurité du Rwanda ». En effet, selon le CONOPS, le document technique et opérationnel qui découle des accords de Washington, il est fait mention de « démobilisation, rapatriement et réintégration des ex-combattants FDLR ». Mais à Kigali, on ne veut pas entendre parler d’un « protocole négocié avec une milice génocidaire que le gouvernement de la RDC continue d’armer et de soutenir », comme l’a souligné sur le réseau X la porte-parole du gouvernement rwandais. Yolande Makolo estime que les FDLR « restent intégrés à l’armée congolaise et actifs sur les lignes de fronts ne changent rien. La mise en œuvre [de l’accord de Washington] signifie un démantèlement vérifiable ».
Trois factions FDLR à l’autonomie relative
En dehors du débat sémantique sur le terme de « neutralisation » qui tourne au dialogue de sourds entre Kinshasa et Kigali, la réelle portée du protocole de reddition des FDLR signé avec Kinshasa reste très fragile sur le terrain. Les FDLR, dont les effectifs tourneraient autour de 4.000 hommes selon l’ONU, ne sont pas une organisation monolithique. Trois principales factions la composent. La plus importante sont les FDLR-FOCA, présents dans le Nyiragongo, le Masisi, le Rutshuru et le Walikale, au Nord-Kivu. Il y a ensuite les FDLR-RUD, qui opèrent dans certaines zones du Rutshuru et collaborent avec d’autres groupes armés locaux. Et enfin, les FDLR-FPP, la plus petite faction du groupe. Toutes ces composantes disposent d’une autonomie opérationnelle significative, mais restent liées à une coordination centrale pilotée par le leader politique du groupe, Victor Byiringio. C’est avec lui que le gouvernement congolais a signé le fameux protocole de reddition. Reste donc à savoir si l’ensemble du groupe va adhérer au texte, d’autant que certains pourraient être poursuivis par la justice congolaise.
Un nouvel accord sans lendemain ?
On voit donc que l’épineuse question des FDLR reste l’un des points les plus délicats à régler pour une réelle application pleine et entière des accords de Washington. Les blocages sont encore nombreux. Kigali estime que les FDLR font partie intégrante de l’armée congolaise, ce qui nécessiterait une réorganisation totale des FARDC. Une réforme sécuritaire d’autant plus délicate que l’extrême faiblesse de l’armée congolaise la rend très dépendante à sa collaboration aux FDLR. Le Rwanda estime également que « l’idéologie génocidaire » s’est répandue au sein de nombreux autres groupes armés, mais aussi dans la société congolaise. Là encore, le défi s’avère de taille à relever. Quant à la RDC, elle estime ne pas pouvoir intervenir dans les zones sous contrôle rebelle. Le simple protocole signé entre Kinshasa et les FDLR risque donc de n’être qu’un accord sans lendemain de plus, au même titre que ceux de Washington, Doha ou Montreux, qui n’ont jamais été mis en oeuvre sur le terrain. Mais en médiatisant son initiative de reddition des FDLR, Kinshasa cherche avant tout à continuer d’apparaître comme le bon soldat des accords de Washington. Même si le protocole de reddition des FDLR a peu de chance de changer la donne sur le terrain, Kinshasa veut montrer à son parrain américain qu’il faut continuer de le soutenir, mais aussi accentuer la pression sur Kigali qui ne respecterait pas ses engagements. Le hic, c’est que, pour l’instant, la « neutralisation » des FDLR reste encore largement virtuelle.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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