La riche province minière est secouée par des attaques d’un nouveau mouvement insurrectionnel katangais lié à la milice Bakata Katanga. Une menace que Kinshasa prend au sérieux, accusant le groupe armé de collusion avec l’AFC/M23. Le nom de John Numbi plane également derrière ce mouvement.

Le 3 mars 2026, une incursion armée à Lusinga, dans la province du haut-Katanga, fait 5 morts parmi les agents du Parc national de l’Upemba. L’armée congolaise (FARDC) y effectue des opérations de ratissage et parvient à y ramener « un calme précaire ». Le 6 mars, un communiqué signé du Mouvement Debout Katanga pour la libération du Congo (MDKC), inconnu jusque-là, revendique l’attaque et affirme avoir pris le contrôle de Lusinga et Nkonga, des localités situées dans le territoire de Mitwaba. Les FARDC envoie alors des renforts dans la zone, mais le 20 mars, une nouvelle attaque est repoussée par l’armée congolaise à Nkonda, preuve que les forces de sécurité ne contrôlent pas complètement la situation.
Une insécurité récurrente
Ce brusque regain de tension n’est pas nouveau dans cette région. Le territoire de Mitwaba est un des foyers d’instabilité fréquent du Haut-Katanga, et connu pour l’activisme de groupes d’autodéfense Maï-Maï Bakata Katanga, auquel on peut rattacher le tout nouveau MDKC. En avril 2025, le ministre de l’Intérieur avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur l’activisme de ces groupes Maï-Maï dans les territoires de Pweto, Mitwaba et Kasenga, expliquant que « des instructions claires ont été données pour y mettre fin ». Visiblement sans résultat. En janvier dernier, une attaque de présumés miliciens Bakata Katanga avait fait au moins 8 morts à Bukama, un peu plus loin, dans la province du Haut-Lomami.
Gédéon et Kabila
Les miliciens Bakata Katanga sillonnent le Nord de l’ex-Katanga depuis plus de 15 ans, et opéraient dans « le triangle de la mort », entre Mitwaba, Pweto et Manono. À la tête de ce groupe armé, on trouve Kyungu Mutanga, alias Gédéon, un seigneur de guerre de sinistre réputation. Entre 2002 et 2006, ce mystérieux professeur de français aux allures messianiques sévissait dans la brousse katangaise en semant la terreur avec ses 2.000 miliciens. Arrêté et condamné à mort en 2009 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, il réussit mystérieusement à s’évader à quelques mois des élections de 2011. Entre 2013 et 2016, Gédéon et ses miliciens continuent de semer la terreur dans la région. Mais en 2016, nouveau coup de théâtre : Gédéon annonce sa reddition et rallie opportunément le président Joseph Kabila, dont le Katanga est le bastion. Après plusieurs incursions ratées à Lubumbashi, faisant à chaque fois des dizaines de morts, Gédéon s’évapore dans la nature en 2020.
L’ombre de John Numbi
L’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir en 2019, ravive les vieilles velléités sécessionnistes de ce qui est aujourd’hui le Grand Katanga. D’autant que le nouveau président est originaire de la province voisine du Kasaï, ennemie de toujours du Katanga. Les Katangais accusant « le pouvoir kasaïen » de « piller » les ressources minières de la province. Reste à savoir d’où vient de mystérieux Mouvement Debout Katanga pour la libération du Congo ? Jean-Jacques Wondo, expert militaire, explique à Afrikarabia qu’il est « difficile d’établir un lien direct entre le MDKC et les Bakata Katanga ». Mais selon lui, « il y a un substrat de Bakata Katanga majoritaire dans ce mouvement. Mais aujourd’hui, c’est un groupe très dispersé dont une partie s’est sans doute reconstituée, sans dépendre forcément de Gédéon Kyungu ». Il y voit même l’ombre de John Numbi, ex-bras droit de Joseph Kabila, planer sur la création très opportuniste de ce mouvement. « Fin 1998, début 1999, John Numbi était commandant de la 6ème région militaire. Face à la progression du RCD Goma, Laurent-Désiré Kabila a chargé John Numbi de créer des groupes d’autodéfense Maï-Maï et d’en recruter les futurs combattants. Numbi est donc à l’origine des Bakata Katanga ». Homme des basses oeuvres de Joseph Kabila, John Numbi est tombé en disgrâce et réside actuellement en exil en Zambie. Pour Jean-Jacques Wondo, la marginalisation des officiers katangais par le régime de Kinshasa a sans doute poussé Numbi à activer ce nouveau mouvement insurrectionnel.
Un lien avec l’AFC/M23 ?
Le retour de la rébellion du M23, fin 2021, a rebattu les cartes. Les rebelles occupent désormais les deux principales villes des Kivus, Goma et Bukavu et n’ont jamais fait mystère d’avoir l’intention de pousser leur offensive vers le Katanga pour faire tomber le régime de Kinshasa. La riche province minière représente presque 80% des revenus miniers de la RDC. S’emparer du Katanga, c’est fragiliser le pouvoir central de Félix Tshisekedi. L’apparition surprise de ce mystérieux Mouvement Debout Katanga pour la libération du Congo n’est donc pas le simple fruit du hasard. D’autant que les revendications du mouvement insurrectionnel rejoignent une partie de celles de l’AFC/M23 : lutte contre la mauvaise gouvernance de Félix Tshisekedi, contre « le népotisme, la corruption, le tribalisme, le pillage sauvage des matières premières du Katanga… ». Pour Kinshasa, il est clair que derrière le MDKC se cache les rebelles de l’AFC/M23, qui auraient tout intérêt à semer l’insécurité dans le Grand Katanga et nouer des alliances avec des groupes armés locaux si la rébellion se prenait à vouloir s’emparer de la province minière. Selon le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, il y a « incubation de mouvements insurrectionnels en lien probable avec l’AFC-M23 assimilé au groupe armé Bakata katanga dans le Haut-Katanga ».
Un nouveau label opportuniste
« Il faut en effet prendre ce mouvement au sérieux, analyse Jean-Jacques Wondo. Le lien avec l’AFC/M23 n’est pas à exclure, d’autant que John Numbi a ses entrées au Rwanda. Depuis son exil, il y a effectué des visites ». Reste à savoir si le retour des Bakata Katanga est en mesure de prendre de l’ampleur ? Les attaques de Lusinga et Nkonga sont bien réelles. Pour l’instant, les actions du mouvement restent circonscrites au Nord de l’ex-Katanga, mais il faudra surveiller les actions du MDKC dans les prochaines semaines. D’autant que Kinshasa agite toujours le chiffon rouge de Joseph Kabila, condamné à mort par la justice congolaise et accusé de collaborer avec l’AFC/M23. L’ancien président, via John Numbi, pourrait constituer le trait d’union entre la rébellion soutenue par le Rwanda et les groupes armés katangais. Mais jusqu’ici, rien ne prouve que l’ex-chef de l’Etat est à la manoeuvre. Rien ne dit non plus que les rebelles de l’AFC/M23 auront la volonté de descendre vers le Sud et de prendre le contrôle de l’ex-Katanga. Jusque-là, Washington, médiateur de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, a réussi à stopper les offensives rebelles au Nord d’Uvira, et ne souhaite pas voir le conflit s’étendre davantage. Les Américains ont Kigali à l’oeil. Reste que le MDKC fait désormais partie des groupes armés qui compte. Un nouveau label qui pourra, le moment venu, comme tous les groupes armés, monnayer son statut.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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