Greenpeace Afrique révèle que près de 100% du « Couloir Vert » forestier entre les Kivu et Kinshasa sont couverts par des blocs pétroliers et des concessions minières. L’ONG alerte sur l’urgence d’un moratoire pour mettre fin aux contradictions entre un programme de conservation de la forêt et la poursuite des activités extractives.

À Davos, en janvier 2025, devant le très prestigieux Forum économique mondial, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, annonce la création d’un « Couloir Vert » entre les Kivu, à l’Est du pays, et Kinshasa, à l’Ouest. Un ambitieux projet de 550.000 kilomètres carrés qui doit constituer le plus grand puits de carbone de forêts tropicales au monde. Le narratif bien rodé d’un Congo « pays solution », promet de garantir les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat grâce à la plus grande réserve forestière tropicale protégée au monde. Le projet est beau sur le papier, mais beaucoup moins sur le terrain. Quelques mois après la création du « Couloir Vert », le gouvernement congolais annonce un nouveau cycle d’octroi de licences d’exploitation pétrolière de 55 blocs sur l’ensemble de la RDC. Le hic, c’est que 28 de ces blocs se trouvent directement sur le « Couloir Vert », couvrant… 72% de sa surface totale. Une superposition qui révèle « une contradiction majeure entre les objectifs de conservation du Couloir et la poursuite de l’expansion pétrolière », pointe la note d’orientation de Greenpeace Afrique qui alerte sur les dangers environnementaux que représente la « pression extractiviste ». Car la menace qui pèse sur le « Couloir Vert » ne s’arrête pas au secteur des hydrocarbures. « Les permis miniers recouvrent 12,3 millions d’hectares, soit 23 % de la superficie du Couloir », selon Greenpeace Afrique. Et lorsque l’on fait une simple addition, on constate que près de 100% du « Couloir Vert » sont couverts par des blocs pétroliers et des concessions minières. Un comble pour un projet environnemental.

Une remise en cause de la crédibilité du projet
Pour Greenpeace Afrique, « ces chiffres démontrent qu’il devient impossible de présenter le « Couloir Vert » comme un modèle mondial de conservation tout en poursuivant simultanément l’expansion des industries extractives dans les mêmes espaces ». Une contradiction majeure pour le gouvernement congolais, dont le projet de « Couloir Vert » bénéficie d’un soutien financier important de la communauté internationale. L’ONG environnementale explique que l’initiative ambitionne d’attirer 1 milliard de dollars d’investissement privés, alors que plus de 100 millions de dollars auraient déjà été mobilisés. 78,6 millions d’euros ont été accordés par la Commission européenne. La crédibilité et la réussite du Couloir, à long terme, « dépendront de la capacité du gouvernement à prévenir les conflits d’usage des terres et à assurer la cohérence des politiques publiques relatives à la conservation, au développement économique et à l’exploitation des ressources naturelles », prévient Greenpeace Afrique.

Un moratoire demandé
Le rapport de l’ONG s’inquiète aussi de la protection réservée aux populations locales. Certaines zones forestières sont occupées « de manière coutumière depuis des générations ». Le « Couloir Vert » n’est pas géré par les communautés, « qui n’en tirent pas de bénéfices prioritaires et [qui] n’a pas été élaboré avec elles ». Pour Bonaventure Bondo, chargé de campagne Forêt – Bassin du Congo chez Greenpeace Afrique, « les peuples autochtones ne peuvent pas être de simples spectateurs d’une initiative présentée comme communautaire. Leur consentement libre, préalable et éclairé, leurs droits fonciers et leur participation aux décisions doivent devenir les fondements de toute politique de conservation durable dans le Bassin du Congo. » Pour une question de crédibilité de la parole de l’État congolais, Greenpeace Afrique « recommande de maintenir le moratoire sur les nouvelles concessions forestières, d’exclure les activités extractives des forêts intactes, des tourbières, des aires protégées et des terres communautaires, et de garantir une gouvernance inclusive fondée sur les droits humains ». Un minimum pour que le « Couloir Vert » le soit un peu plus.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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