Face à la colère de l’opposition, le président Félix Tshisekedi temporise sur la loi référendaire et renvoie le texte devant le Parlement. Sur le projet de référendum comme pour le dialogue national, l’opposition est forcée de s’adapter à une gestion millimétrée du calendrier par le chef de l’Etat pour gagner du temps et tenter de faire baisser la contestation.

Marquer une pause pour mieux avancer. Le président Félix Tshisekedi semble être devenu un nouvel adepte du « stop and go ». Sous pression de l’opposition, vent debout contre un possible référendum qui ouvrirait la voie à un troisième mandat, le chef de l’Etat tente une nouvelle fois de temporiser en renvoyant le projet de loi référendaire devant le Parlement en septembre. Un artifice qui permet de gagner encore un peu de temps alors que la coalition d’opposition C64 menace, depuis juillet, d’organiser une grande manifestation à Kinshasa avec le Palais de la Nation pour lieu de convergence. L’opposition avait également donné jusqu’au 15 août au président congolais pour organiser un dialogue national inclusif, qu’elle réclame depuis plusieurs mois. Un autre dossier chaud pour Félix Tshisekedi qui avait toujours repoussé aux extrêmes limites un dialogue qu’il a toujours cherché à éviter.
Une manifestation de l’opposition le 15 septembre
Là encore, quelques jours avant une manifestation de l’opposition, le président avait subitement donné son feu vert aux confessions religieuses pour ouvrir les discussions préparatoires au dialogue, sous réserve d’annuler la manifestation prévue par la Coalition 64. D’annonces en mises en pause, le chef de l’Etat a réussi a donc réussi à repousser les différentes mobilisations de l’opposition d’un peu plus de deux mois. Samedi 15 août, date d’expiration de l’ultimatum pour l’organisation du dialogue national, l’opposition a annoncé une nouvelle mobilisation populaire, fixée au 15 septembre, date de la rentrée parlementaire.
La carte du dialogue
L’opposition n’est pas dupe du renvoi de la loi référendaire à l’Assemblée nationale. Pour Prince Epenge, porte-parole de la C64, « c’est un petit pas dans le sens de l’apaisement », mais il appelle « le peuple à la vigilance », estimant que « le combat pour le respect de la Constitution est encore entier et sera probablement long ». La question est de savoir si la manifestation du 15 septembre sera bien maintenue, ou fera l’objet d’une nouvelle tractation avec la majorité présidentielle. Pour faire baisser la pression, Félix Tshisekedi a encore une nouvelle carte dans sa manche, celle du dialogue, qui, certes, n’a pas été convoqué avant le 15 août comme le réclamait l’opposition, mais pourrait voir le jour avant le 15 septembre, du moins dans sa phase préparatoire. Les tractations vont bon train en coulisses pour tenter de trouver un compromis sur le format, le lieu et la liste des participants autorisés à prendre part au dialogue. Deux lignes rouges restent, pour l’instant, infranchissables : le lieu, que les opposants souhaitent en dehors de la RDC, et la participation de Joseph Kabila et des rebelles de l’AFC/M23, que Kinshasa refuse.
Le piège du dialogue
Le risque est de voir se tenir un dialogue peu inclusif, avec les opposants les plus malléables, principalement tentés par le poste de Premier ministre. Mais pour l’instant, Félix Tshisekedi tente surtout de gagner un maximum de temps avec plusieurs dossiers sur le feu : dialogue, référendum et changement de Constitution. Avec une inconnue : le conflit à l’Est qui pourrait retarder la tenue d’un référendum, mais qui offrirait à Félix Tshisekedi la possibilité de se maintenir au pouvoir en faisant glisser le calendrier électoral. Pour l’opposition, la stratégie consiste à ne pas se laisser enfermer dans le calendrier volontairement très élastique imposé par Félix Tshisekedi. Pour cela, il faut une unité totale des opposants. Une cohésion qu’un dialogue national pourrait mettre à mal en pratiquant la stratégie bien rodée du débauchage politique.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


envoi en cours...



















