Les multiples accords signés entre la RDC, le Rwanda et les rebelles de l’AFCM23 n’ont toujours pas réussi à faire taire les armes. Les processus de Washington et Doha semblent moribonds, la guerre s’installe dans la durée, et Félix Tshisekedi n’a plus beaucoup de cartes dans son jeu pour reprendre la main.

L’année 2025 avait bien mal commencé pour le président congolais. Félix Tshisekedi avait vu les deux plus importantes villes de l’Est du pays tombées dans les mains de la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le voisin rwandais. Goma en janvier et Bukavu en février. L’année s’était également mal terminée avec la prise d’Uvira, la troisième ville du Sud-Kivu, le 10 décembre dernier, quelques jours seulement après la signature de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda à Washington. Un affront pour Donald Trump, qui avait haussé le ton, forçant les rebelles à annoncer leur retrait d’Uvira. L’AFC/M23 avait conditionné son départ à la protection de la population et à la démilitarisation de la ville par une force neutre. Depuis cette annonce, les rebelles n’ont pas quitté intégralement Uvira et se sont redéployés sur les hauteurs, accusant Kinshasa de violer régulièrement le cessez-le-feu.
Les « actions » promises par Marco Rubio se font attendre
En ce début d’année 2026, force est de constater que les processus de paix de Doha et de Washington ont été incapables d’imposer une quelconque désescalade sur le terrain. L’accord de Washington n’a pas permis d’entamer les deux dispositions clé du texte : à savoir la neutralisation des FDLR demandée par Kigali, et le retrait des troupes rwandaises du sol congolais exigé par Kinshasa. Les coups de menton de Washington n’y ont rien fait, et les « actions » promises par Marco Rubio pour faire respecter l’accord se font attendre. Il faut dire qu’actuellement Donald Trump a fort à faire avec le Venezuela. Le statu quo sur la mise en oeuvre de l’accord de Washington s’explique essentiellement par le blocage des négociations de Doha entre la RDC et l’AFC/M23. L’accord-cadre signé en novembre dernier est, en effet, en état de mort cérébral.
M23 et FARDC reprennent les armes
« Pas un seul prisonnier n’a été libéré, le cessez-le-feu est méthodiquement saboté et Kinshasa a délibérément boycotté les réunions d’évaluation du cessez-le-feu » a fustigé Corneille Nangaa, le coordonnateur de la rébellion. Pour Kinshasa, la prise d’Uvira par l’AFC/M23, violant le cessez-le-feu, est un casus belli. Les autorités congolaises accusent les rebelles de ne pas avoir quitté la ville, et Kigali d’avoir déployé trois nouveaux bataillons avec pour objectif les prises de Fizi et Kalemie. L’armée congolaise (FARDC) a d’ailleurs repris du terrain au Sud d’Uvira, en reprenant le contrôle de Kikongo. Les mécanismes de surveillance du cessez-le-feu ne sont toujours pas en place, et personne n’est en mesure de déterminer qui est à l’origine des attaques et des bombardements. La mission de l’ONU, la Monusco, qui s’est vue renouvelée d’une année supplémentaire, ne semble pas encore active pour soutenir les processus en cours.
Kinshasa estime qu’il n’y a rien à négocier avec l’AFC/M23
Le rapport de force militaire sur le terrain étant toujours en faveur des rebelles, les négociations de Doha signifient, pour Kinshasa, de devoir faire des concessions. Sur la table, il y a certes la libération de prisonniers, l’intégration de certains combattants rebelles dans l’armée régulière, mais il y a surtout un partage du pouvoir entre Kinshasa et la rébellion sur l’administration politique, économique et sécuritaire du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce que l’AFC/M23 présente comme un « projet fédéraliste ». Et cela, Kinshasa n’y est pas du tout disposé, considérant qu’il s’agit, ni plus ni moins, qu’une annexion de l’Est congolais par le Rwanda et ses supplétifs. Félix Tshisekedi s’accroche à la résolution 2773 des Nations unies qui exige un retrait des troupes rwandaises du sol congolais, l’arrêt du soutien de Kigali à l’AFC/M23, et le retrait immédiat des rebelles des zones occupées. Kinshasa estime donc qu’il n’y a rien à négocier avec l’AFC/M23. Le hic, c’est que la réalité du terrain et l’état des rapports de force ne plaident pas en sa faveur. La rébellion n’a jamais contrôlé un territoire aussi vaste. Elle installe ses propres hommes à la tête des administrations et recrutent de nouveaux combattants, issus de ses conquêtes territoriales.
Le président congolais a tout essayé
Les blocages à Washington et Doha montrent clairement que les belligérants ne croient plus aux processus de paix en cours, et poursuivent leur réarmement et leur réorganisation. Les rebelles espèrent continuer leur offensive au Sud, et Kinshasa tente d’inverser le rapport de force militaire en multipliant attaques et bombardements. Les rebelles misent sur le temps long, et ne font pas mystère de leur objectif. « Soyez en état de guerre, cette guerre nous allons la gagner » a dernièrement déclaré le chef militaire du M23, Sultani Makenga. Du côté de Félix Tshisekedi, le nombre de cartes entre ses mains pour inverser la tendance s’amenuise. Militairement, le président congolais a tout essayé : l’état de siège, l’appel aux forces régionales, à des mercenaires étrangers, aux groupes armés locaux… Côté diplomatique, il a également remué ciel et terre, à Nairobi, à Luanda, aux Nations unies, à l’Union africaine, à Washington, à Doha, à la CIRGL… Rien n’a vraiment fait bouger les lignes.
Retour à la case Luanda
À court d’idées, et déçu par les négociations de Doha, auxquelles Kinshasa s’est toujours rendu à reculons, Félix Tshisekedi revient sonner à la porte de l’Angolais João Lourenço. Après les échecs des pourparlers de Nairobi et Luanda, Félix Tshisekedi avait décidé de délocaliser la médiation au Qatar et à Washington, en dehors du continent africain. Une idée intéressante puisque les rivalités africaines avaient fini par faire échouer les deux processus. Finalement, Doha et Washington n’ont été que le copier-coller des processus de Nairobi et Luanda, avec, au final, le même résultat. À Luanda comme à Washington, les négociations se sont heurtées à l’impossible dialogue entre Kinshasa et l’AFC/M23. Le retour à une médiation africaine aura-t-elle plus de chance d’aboutir ? Félix Tshisekedi veut y croire. Notamment grâce à l’entrée dans la danse de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). L’institution se réunira trois jours à partir du 8 janvier à Livingstone, en Zambie, pour se pencher sur le conflit congolais. L’Union africaine (UA), aux abonnés absents pendant Washington et Doha, doit également revenir dans le jeu, poussée par Washington et Doha, trop heureux de se débarrasser de la patate chaude. Une réunion est fixée à Lomé, au Togo, le 17 janvier, toujours autour de la crise des Grands Lacs.
Un maintien au pouvoir après 2028 ?
Pour l’instant, le game changer dans le conflit à l’Est du Congo reste Washington et dans la volonté, ou non, de Donald Trump de s’investir pleinement dans la mise en oeuvre des accords de paix. Sans réaction américaine forte, le retour des médiations africaines signe plutôt un enlisement du conflit. Félix Tshisekedi pourrait être tenté de profiter d’un « état de guerre » permanent pour anticiper son maintien au pouvoir après 2028, date fixée pour la prochaine présidentielle, à laquelle l’actuel président ne peut pas se représenter. La poursuite du conflit à l’Est, les importants moyens financiers alloués à l’armée congolaise pourraient servir d’arguments imparables à un possible glissement du calendrier électoral. Pour cela, il doit préparer les institutions congolaises à cette éventualité. Un nouveau président de l’Assemblée nationale a fait son arrivée au perchoir, et un possible dialogue national, réclamé par l’opposition, pourrait voir le jour. Mais la mise en place de ce scénario paraît bien trop précoce. Félix Tshisekedi a l’avantage de maîtriser le calendrier et le format de ses possibles discussions, et il compte bien le garder.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


envoi en cours...



















