Évariste Ndayishimiye a reçu à Bujumbura l’opposition et les chefs religieux pour évoquer les tensions politiques qui secouent la RDC sur un probable changement de Constitution. L’intervention du Burundi, allié militaire incontournable de Kinshasa, va tenter de faire baisser la pression alors que l’opposition multiplie les manifestations contre un possible « coup d’État constitutionnel ».

Et une médiation de plus ! Après les initiatives de paix lancées à Nairobi, Luanda, Doha et Montreux pour tenter de mettre fin au conflit à l’Est du Congo, le Burundi s’invite comme médiateur dans la crise politique qui couve à Kinshasa. Le président burundais, Évariste Ndayishimiye, qui est également président de l’Union africaine, a proposé de rencontrer, le 6 juillet, une délégation congolaise composée des représentants de la plateforme d’opposition C64 et des Églises congolaises. Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund étaient présents aux côtés de la CENCO, l’ECC et les Églises de réveil. Au menu, le psychodrame politique qui agite la RDC à un peu plus de deux ans de la prochaine présidentielle. L’opposition accuse le président Félix Tshisekedi de vouloir s’accrocher au pouvoir après son second et dernier mandat, qui prend fin en 2028. Depuis plusieurs mois, le camp présidentiel et le chef de l’État lui-même ne font plus mystère de vouloir changer la Constitution pour permettre à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. Un projet de loi référendaire a d’ailleurs été récemment voté par un Parlement largement caporalisé par l’Union sacrée, la plateforme présidentielle. Depuis plusieurs mois, les opposants sont vent debout contre ce qu’ils appellent un « coup d’État constitutionnel », et réclament un dialogue national inclusif regroupant tous les acteurs de la crise sécuritaire et politique, rebelles de l’AFC/M23 et Joseph Kabila inclus. Peu enclin à convoquer un dialogue qui remettrait en cause son autorité et le fragiliserait, Félix Tshisekedi souhaite l’organiser sans la rébellion et Kabila et selon ses propres conditions. Pour mettre la pression sur le chef de l’État, l’opposition a organisé une première mobilisation populaire le 12 juin, fortement réprimée par la police congolaise et les éléments des Forces du Progrès, un groupe lié au parti présidentiel. Une nouvelle manifestation est alors annoncée pour le 8 juillet, avec pour point final le Palais de la Nation.
Évariste Ndayishimiye au secours de Félix Tshisekedi
C’est à ce moment précis qu’intervient la très opportune invitation d’Évariste Ndayishimiye à l’opposition congolaise pour une rencontre à Bujumbura. Une initiative burundaise qui a vraisemblablement été négociée avec Félix Tshisekedi lors de la visite d’État du président en exercice de l’Union africaine à Kinshasa le 22 juin dernier. Derrière la réunion de Bujumbura, l’intention principale de Félix Tshisekedi n’est pas bien difficile à décrypter : désamorcer la mobilisation du 8 juillet, faire baisser la pression et gagner du temps. Ce premier objectif a été atteint puisque l’opposition a décidé de reporter sa manifestation au 22 juillet, laissant un peu d’espace pour la négociation burundaise. Le second objectif était de brouiller les pistes et de fragiliser les projets de dialogues proposés par les Églises ou l’Angola, jugé trop inclusif par le pouvoir, notamment à cause de la présence de l’AFC/M23 et de Joseph Kabila. Félix Tshisekedi peut compter sur son allié burundais pour travailler sur un format de dialogue qui ne le met pas en difficulté. Évariste Ndayishimiye a donc surtout été chargé de sonder les intentions profondes des opposants avant de rendre compte au président Tshisekedi. Pour l’instant, le bilan de cette réunion avec les opposants congolais et les Églises est plutôt mince. L’opposition est restée campée sur ses positions : un dialogue réellement inclusif, avec au préalable une décrispation assortie de la libération de prisonniers politiques, de l’arrêt du harcèlement judiciaire et du respect des libertés publiques.
Un État de guerre permanent qui satisfait tout le monde
Beaucoup doutent pourtant de l’efficacité de la médiation burundaise dans la crise politique congolaise. Il y a, en effet, de réelles interrogations sur l’impartialité d’Évariste Ndayishimiye, jugé trop proche de Félix Tshisekedi et trop impliqué militairement dans le conflit à l’Est. Cette initiative pose également la question de la multiplication des médiations dans la crise congolaise, dont aucune n’a réellement porté ses fruits. L’arrivée surprise du Burundi ne fait que renforcer la confusion du « qui fait quoi ? » À Kinshasa, on tente d’expliquer qu’il y a, d’un côté, les médiations sur le conflit avec le Rwanda et l’AFC/M23 et de l’autre celle sur la crise politique. Mais sans coordination, ces empilements d’initiatives ne font que complexifier l’équation. Mais en fait, le statu quo militaire et l’État de guerre permanent à l’Est semblent satisfaire tous les acteurs. Tout d’abord les rebelles, pour justifier leur existence, puis le Rwanda pour profiter de la manne économique des minerais et légitimer le régime autoritaire de Paul Kagame, et enfin Kinshasa pour entretenir la cohésion nationale autour de Félix Tshisekedi au moment où il souhaite changer la Constitution. La rencontre de Bujumbura aura tout de même eu un effet bénéfique pour l’opposition : celui d’exposer ses revendications dans le cadre institutionnel de l’Union africaine. Mais le moment de vérité aura lieu le 22 juillet, jour de manifestation pour l’opposition, qui permettra de mesurer le réel degré de mécontentement de la population. En cas de succès, nous reverrons sans aucun doute le médiateur burundais refaire surface pour sauver le soldat Tshisekedi. En cas d’échec, la convocation d’un dialogue inclusif risque de se voir renvoyer au calendes grecques.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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