Un rapport de l’ONG Human Rights Watch s’alarme de l’intensification des violences sexuelles utilisées comme arme de guerre, alors que l’arrêt du financement de l’USAID par Donald Trump a fortement réduit la prise en charge des victimes.

Le Congo n’en a pas fini avec les violences sexuelles. Le retour du conflit à l’Est du pays, il y a maintenant 4 ans, entre les rebelles de l’AFC/M23, appuyés par le Rwanda, et l’armée congolaise et ses milices supplétives, a provoqué une forte augmentation des cas de violences sexuelles. En 2025, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a relevé plus de 80.000 cas de viol, soit une hausse de 32 % par rapport à la même période en 2024. Human Rights Watch a récemment documenté les violences sexuelles commises par cinq groupes armés non-étatiques et par des soldats de l’armée congolaise dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). En coopération avec Solidarité Féminine pour la Paix et le Développement Intégral (SOFEPADI) à Beni et Bunia, l’ONG a interviewé 23 survivantes. En dehors de l’horreur de ces exactions, l’arrêt brutal du financement de l’aide humanitaire américaine, via l’USAID, par Donal Trump début 2025, a brusquement mis fin aux soins médicaux d’urgence pour des milliers de survivantes de violences sexuelles.
« Les tests médicaux ont révélé qu’elle était enceinte et séropositive »
Human Rights Watch (HRW) rapporte le témoignage d’une jeune fille de 17 ans, violée et battue par quatre soldats congolais dans la province de l’Ituri. « Gravement blessée, elle a réussi à rentrer chez elle et sa famille l’a emmenée le jour même au centre de santé local, mais celui-ci ne disposait pas de kits de prophylaxie post-exposition contre le VIH. Elle a travaillé pendant deux mois afin d’économiser suffisamment d’argent pour parcourir plus de 40 kilomètres jusqu’à une clinique de Bunia, la capitale de la province. Les tests médicaux ont révélé qu’elle était enceinte et séropositive au VIH ». Dans la province voisine du Nord-Kivu, raconte l’ONG de défense des droits humains, « des combattants du groupe armé M23 ont violé une femme de 42 ans. Elle est arrivée à l’hôpital dans les 72 heures, mais l’établissement n’avait pas de kits. Toujours menacée par le M23 soutenu par le Rwanda, qui contrôle la région, elle a fui un mois plus tard vers l’Ouganda voisin avec ses sept enfants. Elle a reçu un diagnostic de VIH et vit dans un camp de réfugiés, où elle a du mal à obtenir des soins médicaux appropriés, y compris des antirétroviraux, et à subvenir aux besoins de ses sept enfants ».
« Elle est arrivée trop tard pour utiliser un kit contre le VIH »
Le rapport de Human Rights watch documente également les violences sexuelles commises dans les zones contrôlées par les ADF, un groupe armé qui a prêté allégeance à l’Etat islamique dans la province de l’Ituri et du Nord-Kivu. A l’image du témoignage de Liliane* qui a été retenue captive et agressée sexuellement par les ADF entre ses 14 et 18 ans. « Un jour, il m’a menacée de mort parce qu’il voulait avoir un enfant avec moi et que je ne tombais pas enceinte », a raconté Liliane. « Plus tard il lui a entaillé la poitrine avec un couteau, en disant qu’il la punissait de ne pas être tombée enceinte. Liliane est parvenue à s’échapper en mai 2024 ». On retrouve ce même type d’exactions commises par la milice CODECO. « Deux combattants de la CODECO m’ont emmenée et m’ont dit de choisir entre la mort et le viol. Je n’ai pas eu le choix » a expliqué Agathe*, 20 ans. « Elle a marché pendant trois jours pour rejoindre Bunia afin d’obtenir des soins médicaux, note Human Rights Wach. Elle est arrivée trop tard pour utiliser un kit contre le VIH et a appris qu’elle était enceinte ».
HRW appelle à la relance du financement américain
Ces drames arrivent dans un contexte, où l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) avait fourni des financements à IMA World Health pour distribuer les fameux kits de prophylaxie post-exposition contre le VIH à 80 % des centres de santé des provinces du Sud-Kivu, du Nord-Kivu et de l’Ituri. Le rapport indique que 116.000 kits avaient été commandés début 2025, mais après le retrait du financement de l’USAID, aucun kit n’est arrivé dans les centres de santé. Selon le Fonds des Nations Unies pour la population, « en mai 2025, seules 7 des 34 zones de santé du Nord-Kivu disposaient d’un stock minimal ». En septembre, IMA World Health a reçu 30.000 kits grâce à un financement de la Banque mondiale, mais le financement s’est arrêté en décembre. Les médicaments manquent également, tout comme les tests. « Le traitement du VIH à long terme est inabordable pour la plupart des personnes » s’inquiète Human Rights watch. L’ONG demande à ce que le gouvernement américain relance ce financement « de toute urgence ». « Le gouvernement congolais, l’Union européenne, le Royaume-Uni et la Banque mondiale, entre autres, devraient également renforcer immédiatement leur soutien ».
Christophe Rigaud – Afrikarabia
*Les noms des victimes ont été remplacés par des pseudonymes pour des raisons de sécurité.


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