Une récente étude d’opinion révèle les fortes inquiétudes des Congolais sur la situation sécuritaire et économique du pays, mais en contraste, ils accordent toujours une forte confiance au président Félix Tshisekedi. Explications.

La situation de la République démocratique du Congo (RDC) n’encourage guère à l’euphorie. Une Guerre sans fin à l’Est, 70% de Congolais vivant sous le seuil de pauvreté, une corruption à tous les étages et un État qui brille par ses défaillances structurelles dans l’accès à l’eau, à l’électricité, à la santé ou à l’éducation. Un récent sondage, réalisé en avril dernier par Ebuteli et GeoPoll, a interrogé les Congolais sur leur perception de la situation sécuritaire, économique et politique du pays. Le constat général est sévère, puisque 58% des sondés estiment que la RDC va « dans la mauvaise direction ». Un mécontentement en hausse par rapport à avril 2024 (49%). Les conditions de vie des Congolais et leur pouvoir d’achat ne se sont pas améliorés, et 52% des personnes interrogées jugent la situation économique « mauvaise » ou « très mauvaise ». « Le constat est plus marqué concernant le chômage et la pauvreté. Dans les deux cas, une large majorité estime que la situation s’est détériorée dans son quartier ou sa commune. Ainsi, 70 % des répondants considèrent que la pauvreté « a augmenté », tandis que 71 % déclarent que le chômage « a progressé ». La corruption, endémique dans le pays, n’est pas en reste. 46% des sondés estiment que la corruption a augmenté ces 12 derniers mois.

Des choix politiques et narratifs gagnants pour Tshisekedi
Dans un contexte globalement peu reluisant, le président Félix Tshisekedi, au pouvoir depuis 2019, s’en sort plutôt bien, voire très bien. En effet, 86% des personnes consultées ont une « bonne opinion » du chef de l’Etat, un niveau jamais atteint depuis son entrée en fonction. Un score nettement supérieur à celui de ses opposants comme Martin Fayulu (47 %), ou Moïse Katumbi (46 %). Pour expliquer cette très bonne opinion, il y a sans conteste « l’effet drapeau », consécutif à la guerre à l’Est. Dans tous les pays en conflit, le soutien populaire se concentre généralement autour du chef de l’Etat, même si, dans le cas de Félix Tshisekedi, celui-ci est en échec militaire depuis le début du conflit avec l’AFC/M23, fin 2021. Mais ce qui est plus intéressant, c’est que de nombreux choix politiques et narratifs du président congolais ont rencontré l’adhésion de la population. La gratuité de l’enseignement, même dysfonctionnelle, recueille 54% de bonnes opinions. Même sans succès militaire, 66% des Congolais jugent « moyen », « bien » ou « excellent » la gestion de la crise du M23. La stratégie de faire appel aux groupes armés Wazalendo est également appréciée, et 62% pensent que fournir des armes aux Wazalendo est une « bonne solution ». Le choix de faire appel aux États-Unis pour mettre fin à la crise est plébiscité à 64%, tout comme la « priorité aux Américains sur les ressources en échange d’une pression sur le Rwanda » (56%). Les choix opérés par Félix Tshisekedi, s’ils peuvent être discutables, sont en tout cas payants dans l’opinion publique congolaise.

Des Congolais préoccupés par la répression politique
Mais au-delà de la très bonne cote de popularité de Félix Tshisekedi, ce sondage est également très instructif sur les nombreux points faibles du pouvoir actuel. D’abord, l’appréciation des Congolais dépend beaucoup de leurs origines géographiques. La bonne perception de la politique menée par Félix Tshisekedi est appréciée dans les Kasaï (63% et 52%), mais beaucoup moins dans l’Est (11% au Sud-Kivu). Il existe donc une importante disparité régionale. La répression sur l’opposition et les arrestations de certains de ses membres inquiètent 58% des Congolais, qui sont « assez préoccupé » à « très préoccupé » par les arrestations du CNC. Le gouvernement est perçu comme l’institution la plus corrompue du pays (22%), devant le pouvoir judiciaire (18%), et l’Assemblée nationale (16%). Sur la crise à l’Est, les Congolais semblent moins va-t-en-guerre que les dernières déclarations présidentielles : 37% prônent un dialogue national, dont ne veut pas Félix Tshisekedi, contre 27% pour la guerre, et 18% pour des négociations avec le Rwanda. La présence des troupes ougandaises au Congo est également largement critiquée par les sondés : 60% pensent qu’il s’agit d’une « mauvaise chose », alors que c’est Félix Tshisekedi lui-même qui a invité l’Ouganda pour combattre les ADF . Mais au final, ces chiffres devraient plutôt mettre du baume au coeur dans le camp présidentiel. En effet, la majorité prépare un référendum pour changer la Constitution, et vraisemblablement permettre à Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir après ses deux mandats. Sans nul doute que ce sondage fera également grincer des dents dans l’opposition,où les cotes de popularité des principaux leaders sont en berne.
Christophe Rigaud – Afrikarabia


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